Après le volet consacré aux enfants de l'Assistance publique, ce deuxième volet s'intéresse à un autre type de rupture précoce : celle vécue par les mineurs jugés délinquants, vagabonds ou en danger moral, et envoyés en correction dans une colonie pénitentiaire avant même d'avoir l'âge de s'engager. Douze légionnaires du 11e REI recensés dans ce travail sont passés par l'une de ces institutions, ou par le patronage qui pouvait en tenir lieu.
Historique des colonies pénitentiaires
Les colonies pénitentiaires (aussi appelées « bagnes pour enfants ») sont des établissements créés au XIXe siècle en France pour enfermer, éduquer et faire travailler les mineurs délinquants, vagabonds ou en danger moral.
- Avant la séparation : jusque dans les années 1830-1840, les enfants étaient incarcérés dans les mêmes prisons insalubres que les adultes.
- Le modèle agricole : la loi du 5 août 1850 institutionnalise les colonies pénitentiaires pour mineurs. L'idée est de « sauver les colons par la terre », en les éloignant de la corruption des villes et en leur inculquant la discipline par le travail manuel et agricole.
- Premiers exemples : la colonie de Mettray (Indre-et-Loire), fondée en 1839, est la première du genre en France. D'autres suivent, comme celle de Belle-Île-en-Mer (Morbihan), ouverte en 1880.
- Une discipline de fer : malgré l'ambition affichée de certains fondateurs, ces établissements basculent rapidement vers une discipline quasi militaire.
« C'est la forme disciplinaire à l'état le plus intense, le modèle où se concentrent toutes les technologies coercitives du comportement. Il y a là "du cloître, de la prison, du collège, du régiment". »
— Michel Foucault, évoquant la colonie pénitentiaire de Mettray dans Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975 (p. 300).
- Abus et violences : le manque de contrôle, l'exploitation d'une main-d'œuvre bon marché et les maltraitances quotidiennes transforment ces lieux en véritables bagnes.
- Révoltes et fin du modèle : les conditions de détention provoquent de graves révoltes, comme celle de Belle-Île-en-Mer en 1934, immortalisée par La Chasse à l'enfant de Jacques Prévert. Le système s'éteint avec l'ordonnance du 2 février 1945, qui privilégie l'éducation surveillée.
Les colonies par lesquelles sont passés nos légionnaires
- Mettray (Indre-et-Loire), la doyenne du genre — Rousseau.
- Val-d'Yèvre (Cher), puis Saint-Maurice à La Motte-Beuvron (Loir-et-Cher) — Balland, passé par les deux après une évasion.
- Saint-Hilaire, colonie agricole de Roiffé (Vienne) — Druguet, et Bertenant (dont le portrait complet figure dans le volet Assistance publique).
- Belle-Île-en-Mer (Morbihan) — Courtois, Niepce.
- Eysses (Lot-et-Garonne), destination disciplinaire pour les cas jugés les plus difficiles — Druguet, Guintoli, Prepoignot, tous trois transférés là après une sanction.
- Aniane (Hérault), la plus représentée dans ce corpus — Bussière, Druguet, Guintoli, Lofe, Niepce, Prepoignot, Rettig.
Aniane, la colonie industrielle
Contrairement aux autres colonies de l'époque, tournées vers le travail de la terre, Aniane est une colonie industrielle, un choix qui explique pourquoi elle revient autant dans les parcours réunis ici.
Le site a d'abord une histoire pénale pour adultes : l'ancienne abbaye bénédictine de Saint-Benoît est louée dès 1843 puis rachetée en 1854 pour y installer une maison centrale, qui compte jusqu'à 750 détenus. En 1854, une épidémie de choléra y fait 218 morts sur 443 cas recensés dans la commune, tous des détenus. Des difficultés budgétaires conduisent à sa fermeture en 1885. L'année suivante, l'État rouvre les mêmes murs comme colonie pénitentiaire pour garçons.
L'administration a constaté que la plupart des jeunes délinquants ou vagabonds viennent des grandes villes : les former à l'agriculture, comme à Mettray, ne les aide pas à se réinsérer à leur retour en ville. Aniane mise donc sur de vrais métiers urbains — bonneterie, cartonnerie, ébénisterie, sculpture sur bois, puis fabrication de gamelles, cuvettes, cruches et tuyaux de poêle — avec quelques ateliers agricoles et viticoles en parallèle. L'âge d'admission, d'abord fixé à 16 ans, est relevé jusqu'à 18 ans au début du XXe siècle.
Aniane sert aussi de destination disciplinaire pour les mineurs jugés les plus difficiles ou déjà révoltés ailleurs, ce qui alimente une tension permanente. Des évasions et des émeutes se multiplient autour de la Première Guerre mondiale. Le point culminant reste la mutinerie du 14 septembre 1937 : des colons incendient l'atelier de mécanique, détruisant des machines récemment installées et frôlant, selon la presse de l'époque, un drame mortel. Un pensionnaire interrogé par un journaliste en attribue la cause moins à des mauvais traitements qu'à un ennui écrasant, aggravé par des réformes récentes ayant supprimé les activités collectives comme le cinéma ou le sport.
Les sociétés de patronage
À côté des colonies pénitentiaires proprement dites, un autre type d'institution revient dans ces parcours : les sociétés de patronage. Nées au XIXe siècle de l'initiative privée — souvent portée par des magistrats, des philanthropes ou des œuvres catholiques —, elles ne relèvent pas de l'administration pénitentiaire mais du monde associatif et caritatif. Leur rôle est double : servir de relais avant jugement ou en alternative à l'incarcération, en plaçant l'enfant sous surveillance chez un particulier ou dans un établissement d'apprentissage ; ou encadrer sa sortie de correction, en maintenant un suivi une fois la peine purgée. Dans notre corpus, on en trouve plusieurs formes : la Société lyonnaise de sauvetage de l'enfance (qui place Niepce à la colonie agricole de Brignais-Sacuny avant son passage à Aniane), la Société dauphinoise de sauvetage de l'enfance (à qui Bussière est confié en 1923, avant Aniane), ou la Société marseillaise de patronage contre le danger moral (qui encadre Rettig).
Le plus connu de ces patronages reste celui fondé en 1890 par le magistrat et avocat Henri Rollet, dit « le bon juge » (1860-1934) : le Patronage Rollet, pensé comme une alternative à l'internement pénal pour les mineurs de 8 à 18 ans « dévoyés, vagabonds ou jeunes coupables ». Contrairement à la colonie pénitentiaire, qui enferme, le patronage cherche à maintenir l'enfant dans un cadre de vie ordinaire — apprentissage, logement surveillé — sous le regard d'un tuteur bénévole ; il préfigure en cela l'esprit de la liberté surveillée qui s'imposera avec la loi de 1912 sur les tribunaux pour enfants, puis l'ordonnance de 1945.
Paul Marcel Pierrat, né le 30 novembre 1912 à Chavelot (Vosges), passe par le Patronage Rollet à Épinal, où il réside en 1936. Orphelin de ses deux parents (Jules Pierrat, mort en 1930, et Appoline Luthringer, morte en 1929), sa tutelle est exercée par son frère aîné Gaston — trois de ses autres frères et sœurs (Jean Jules, Paulette, Gilbert) sont eux placés à l'Assistance publique des Vosges. Entre 1931 et 1935, la presse vosgienne rapporte plusieurs condamnations pour vol : trois mois de prison avec sursis en 1931, puis une série de vols à Lusse et Saint-Dié en 1935, qui lui valent une nouvelle condamnation à quatre mois de prison. Il s'engage à la Légion étrangère le 10 février 1936, sert au 11e REI, et sera fait prisonnier (Stalag XVII B) après avoir été cité à l'ordre du régiment. Il meurt le 23 février 1981 à Fontainebleau. → Voir sa fiche
Son cas illustre bien la différence avec les autres parcours de cette page : à la différence de Bussière, Druguet, Guintoli, Lofé, Niepce, Prépoignot ou Rettig, Pierrat n'est jamais envoyé en colonie pénitentiaire : le patronage suffit, dans son cas, à encadrer sa jeunesse sans internement.
Des parcours de correction, des destins de légionnaires
Jean Marie Niepcedu vagabondage à la médaille militaire
Avant 21 ans — une enfance déjà cassée. Jean Marie Niepce naît le 26 mars 1908 à Roanne (Loire). Il perd sa mère, Catherine Ducouson, en 1913, alors qu'il n'a que cinq ans. Le décès de sa mère n'entraîne pas un placement à l'Assistance publique ; sa sœur Anne meurt à son tour en 1921, la même année où il est recensé chez son père, Claude Niepce, à Mably. Sa jeunesse bascule très tôt dans la délinquance. Une première arrestation se solde par un acquittement et un retour chez son père ; une seconde le fait confier à la Société lyonnaise de sauvetage de l'enfance, qui le place à la colonie agricole de Brignais-Sacuny, dans le Rhône. Il s'en évade le 9 mai 1923 et commet, dans sa fuite, un vol d'environ 500 francs au domicile d'un habitant de Roanne. Repris par la gendarmerie de Saint-Germain-des-Fossés, il est conduit à Cusset à la disposition du parquet.
Jugé le 22 mai 1923 par le tribunal de Lyon pour vol et vagabondage, il est envoyé en correction jusqu'à sa majorité. Il entre le 23 juin 1923 à la colonie pénitentiaire d'Aniane, dans l'Hérault, sous le matricule 5172. Pendant sa détention, il est jugé de mœurs sans remarques défavorables et de conduite satisfaisante — à un épisode près : le 9 mai 1925, il bénéficie d'un placement comme domestique agricole chez un cultivateur du hameau de Bournac, à Ceilhes. Il s'en évade deux jours plus tard et réintègre Aniane le 26 juillet suivant. Le 2 octobre 1925, il est transféré pour raison de santé à la colonie de Belle-Île-en-Mer.
Avant la Légion — la récidive. C'est de Belle-Île qu'il est appelé sous les drapeaux le 13 novembre 1928, avant même le terme théorique de sa peine, fixé au 26 mars 1929, et incorporé au 12e bataillon de chasseurs à pied. Il passe dans la disponibilité le 15 avril 1930 (CBC accordé).
En 1931, il est domicilié 20 rue de la Berge à Roanne, chez son oncle maternel Marius Martin, et travaille comme manœuvre. Mais les démêlés judiciaires reprennent de plus belle : entre 1928 et 1935, il totalise au moins huit condamnations pour vol, abus de confiance, vagabondage ou infraction aux arrêtés d'interdiction de séjour, dans quatre départements différents. Le 14 avril 1933, il écope de quatre mois de prison à Roanne pour avoir détourné la caisse de son employeur, un marchand de charbons, avant de fuir à Paris ; le 7 septembre 1933, il est condamné à Avignon pour un vol de bicyclette après son arrestation par la brigade de Mornas, dans le Vaucluse. La presse locale le qualifie alors de « cheval de retour ». La spirale culmine le 5 octobre 1934 à Roanne, où il est condamné à treize mois de prison et cinq ans d'interdiction de séjour.
Pendant la Légion — la guerre. Le 29 janvier 1936, à Valence, il s'engage volontairement pour cinq ans à la Légion étrangère, sous son vrai nom, mais en se déclarant de nationalité belge. En septembre 1937, il se trouve dans une compagnie de discipline du 1er Régiment étranger d'infanterie.
Mobilisé en 1939, il sert comme soldat de 2e classe au 11e Régiment étranger d'infanterie. Il meurt au combat le 14 juin 1940 à Void, dans la Meuse. D'abord inhumé à Void-Vacon, il repose aujourd'hui à la nécropole nationale de Verdun, au Faubourg Pavé tombe 226. Le 18 novembre 1952, la médaille militaire lui est décernée à titre posthume.
Charles Joseph Ballanddeux colonies, les Bataillons d'Afrique, puis une vie de petits larcins
Avant 21 ans — un enfant naturel, deux colonies. Charles Joseph naît le 12 février 1906 à quatre heures du matin à Mirecourt (Vosges), au domicile de sa mère, faubourg Saint-Vincent. Il est déclaré comme enfant naturel de Marie Rosalie Laumont, 18 ans, ouvrière, fille mineure de Charles Laumont et Joséphine Gillet ; aucun père n'est nommé à sa naissance. Une mention marginale portée sur son acte de naissance indique qu'il est reconnu par la suite par Charles Balland, qui lui transmet son nom. À 18 ans, en 1924, il est détenu à la colonie pénitentiaire du Val-d'Yèvre (Cher), dont il s'évade avec trois compagnons le 3 août. Repéré à Mirecourt, sa ville natale, où il a déjà « fait parler de lui à plusieurs reprises pour vols », il y est repris le lendemain par le brigadier de police Mathis, alors qu'il s'apprêtait, disait-il, à aller « emprunter » de l'argent chez son grand-père ; pour échapper au signalement donné de lui, il avait échangé son chapeau contre une casquette volée dans un jardin. Sa fiche militaire, établie en 1926, le donne ensuite résidant à la colonie de Saint-Maurice, à La Motte-Beuvron (Loir-et-Cher). Installée depuis 1872 dans un ancien château de Napoléon III, en Sologne, cette colonie agricole pénitentiaire connaît alors encore un régime carcéral : elle ne deviendra Maison d'éducation surveillée qu'en 1927, l'année suivant son passage.
Avant la Légion — les Bataillons d'Afrique. Recensé au titre de la classe 1926, il n'est pas versé dans l'infanterie ordinaire mais directement incorporé, le 10 mai 1926, au 2e Bataillon d'infanterie légère d'Afrique, l'un de ces « Bataillons d'Afrique » où la discipline militaire envoyait les hommes déjà connus de la justice. Embarqué à Marseille, débarqué à Casablanca, il passe successivement au 3e, puis au 4e, puis au 1er Bataillon d'infanterie légère d'Afrique entre 1926 et 1927, avant d'être rayé des contrôles et de passer dans la disponibilité le 10 novembre 1927.
Pendant la Légion — d'un régiment étranger à l'autre. Le 17 janvier 1928, il s'engage volontairement pour cinq ans à la sous-intendance militaire de Neufchâteau au titre de la Légion étrangère et rejoint le 1er Régiment étranger. Affecté au 3e Régiment étranger d'infanterie le 27 avril 1929, il sert entre le Maroc et l'Algérie jusqu'à la fin de son contrat, le 17 janvier 1933. Rappelé à l'activité le 2 septembre 1939, il rejoint le dépôt de la Légion étrangère puis, le 15 décembre 1939, le 11e Régiment étranger d'infanterie aux armées. Fait prisonnier à Saint-Firmin le 20 juin 1940, il est interné au stalag III A. Rapatrié le 13 mai 1945, il est démobilisé le 7 juin suivant par le centre démobilisateur d'Épinal.
Après la Légion — le retour à la délinquance. Sa démobilisation ne marque pas la fin de ses démêlés avec la justice. Dès 1945, de retour de captivité, il se met à voler des bicyclettes pour subsister : condamné une première fois à Dijon à huit mois de prison, il s'installe ensuite à Nancy où il continue, dérobant une quinzaine de vélos qu'il revend dans les Vosges et en Meurthe-et-Moselle. Arrêté par la police judiciaire, il reconnaît seize vols ; la presse locale, qui le présente alors sous le nom de « Georges-Charles Balland » (sans doute une confusion avec les prénoms de son père, Charles Georges), permet la restitution de quatorze bicyclettes à leurs propriétaires. En juillet-août 1946, il récidive à Nancy avec une quinzaine de vélos supplémentaires ; condamné en première instance à dix-huit mois de prison et cinq ans d'interdiction de séjour, il fait appel du jugement, que la cour alourdit à trois ans de prison. En 1949, sans domicile fixe, il se présente à la gendarmerie de Saint-Jean-de-Losne pour y demander un billet de logement ; les gendarmes, qui possèdent une fiche à son nom, l'arrêtent : il est recherché depuis plusieurs mois par le juge d'instruction de Nancy pour un cambriolage commis à Preny (Meurthe-et-Moselle). En 1951, il est incarcéré à la maison d'arrêt d'Épinal, rue Jeanmaire, et il est définitivement dégagé de toutes obligations militaires le 10 mai 1954. Il meurt le 18 septembre 1981 à Épinal, à soixante-quinze ans.
Paul Étienne Druguetde Saint-Hilaire à Aniane, une jeunesse sous surveillance
Avant 21 ans — deux colonies pénitentiaires. Paul Étienne Druguet naît le 6 janvier 1912 à Lyon, dans une famille nombreuse : son père Jean-Baptiste, affûteur puis camionneur, et sa mère Étiennette Berlié auront au moins sept enfants (Jean, Germaine, Henri, Jeanne, Paul, Charles et Albert). À 15 ans, il est jugé le 30 septembre 1927 par le tribunal du Rhône pour vol et vagabondage, et envoyé en correction jusqu'à sa majorité et placé à l'école de réforme de Saint-Hilaire, dans la Vienne. Sous le régime de la liberté surveillée, il est confié comme domestique agricole à un cultivateur de Méron. En mars 1930, à 18 ans, il tente de voler son patron, est surpris par sa femme et prend la fuite ; on le soupçonne aussi d'avoir dérobé une bicyclette. Sa cavale dure deux mois, au cours desquels il commet un vol important à Poitiers, avant d'être repris à Lyon le 16 octobre 1930.
Il entre le 11 mars 1931 à la colonie pénitentiaire d'Aniane, dans l'Hérault, sous le matricule 6186. En juin 1931, il est conduit à la prison de Montpellier pour comparaître devant le parquet et condamné à un mois de prison avec sursis pour vol et tentative de vol, avant de réintégrer Aniane le 24 juillet suivant. Le personnel de la colonie le décrit comme au caractère « instable et sournois », paresseux et « instigateur d'indiscipline » ; il y est néanmoins formé au métier de cordonnier.
Le 11 mai 1932, il est transféré par mesure disciplinaire à la Maison d'éducation surveillée d'Eysses. Il sort finalement d'Aniane le 6 janvier 1933, jour de ses 21 ans.
Avant la Légion — la récidive. De retour à la vie civile, il travaille comme jardinier chez un patron de Rillieux, près de Lyon. En mai 1934, à 22 ans, il détourne à son préjudice une bicyclette qui lui avait été confiée pour une course ; la presse locale le présente alors comme un « ex-pensionnaire de maison de correction ». Il est condamné à un mois de prison pour abus de confiance.
Pendant la Légion — le Maroc, puis le 11e REI, la captivité. Le 3 mars 1936, il s'engage volontairement pour cinq ans à la Légion étrangère à Paris, sous une fausse nationalité suisse. Il sert entre le Maroc et l'Algérie jusqu'en 1939, ponctué de plusieurs séjours à l'hôpital (Marrakech en 1937, puis Ouarzazate à partir du 10 juillet 1939) et d'une comparution devant le tribunal militaire de Meknès en février 1937, pour refus d'obéissance, alors qu'il est soldat au 3e Régiment étranger d'infanterie.
Son engagement à la Légion est résilié le 2 août 1939 (décision n° 985/D) — alors qu'il se trouve justement hospitalisé à Ouarzazate. Trois jours plus tard, le 5 août 1939, une seconde décision (n° 6075/P, prise en application de l'instruction ministérielle n° 2/T.E. du 20 mars 1934) rétablit son service à la Légion sous sa véritable identité civile, qui vient d'être régularisée. La coïncidence des dates suggère que les deux mesures sont liées : un engagement souscrit sous une fausse nationalité perdait sa base légale dès lors que l'identité française réelle du souscripteur était établie, ce qui imposait de résilier le contrat d'origine avant de réintégrer l'intéressé dans son statut véritable, probablement à la faveur de son passage à l'hôpital, moment propice pour régler administrativement sa situation.
Rapatrié à la mobilisation, il se présente au recrutement de Lyon le 30 septembre 1939 et rejoint le 11e Régiment étranger d'infanterie, affecté à la 7e compagnie. Fait prisonnier le 21 juin 1940 au Bois de Fays, il est interné au Stalag III B. C'est depuis sa captivité qu'il se marie par consentement, le 13 octobre 1941, avec Marie Augustine Doublet — un mariage dont la célébration effective, à Paris, n'aura lieu qu'en 1946. Rapatrié le 3 juin 1945, il est démobilisé le 11 juin suivant à Cherbourg. Il meurt le 29 mars 1992 à Villefranche-sur-Saône, à l'âge de 80 ans.
Georges Prépoignotun enfant sans père, la colonie, puis la guerre
Avant 21 ans — l'enfant que le nom ne suivait pas. Georges Joseph Prépoignot naît le 14 juin 1917 à Paris, dans le 14e arrondissement, enfant naturel de Marie Thérèse Prépoignot, née en 1894 au Lude (Sarthe), qui le reconnaît douze jours plus tard. Lorsque sa mère épouse en 1925 André Paul Maylander, épicier à Maisons-Alfort, les enfants nés de cette union, Raymond (1920), puis Simonne (1921), Lucienne (1923) et Micheline, sont légitimés et portent le nom de Maylandier ; Georges, né huit ans avant cette union, garde celui de sa mère et n'apparaît pas dans le foyer recensé 16 rue des Bretons à Maison Alfort en 1931 et 1936.
Le 18 octobre 1933, jugé par le tribunal du Havre pour vagabondage, il est confié à la colonie pénitentiaire de Mettray jusqu'à sa majorité ; il s'en évade. Le 1er décembre 1934, le tribunal du Mans le condamne pour vol, en application de l'article 66 du code pénal, à la correction jusqu'à 21 ans — il passe alors par la Maison d'éducation surveillée de Saint-Maurice, puis entre le 22 juillet 1936 à la colonie pénitentiaire d'Aniane, sous le matricule 6999. Son séjour y est marqué par une très mauvaise conduite : le personnel le décrit comme sournois et hypocrite, et lui attribue l'initiative d'un projet pour assassiner un moniteur afin de pouvoir s'évader. Il y fait sa première communion et obtient son certificat d'études primaires, tout en se formant au métier de cordonnier. Le 18 novembre 1936, il est transféré par mesure disciplinaire à la Maison d'éducation surveillée d'Eysses, où il reste jusqu'à sa sortie, le 14 juin 1938 — jour de ses 21 ans.
Avant la Légion — une rixe et un engagement. Libéré, il travaille comme aide de culture à Congé-sur-Sarthe, au hameau du Grand Chenay, où il participe avec un jeune compagnon, André Robin, 17 ans, au ramassage des pommes à cidre. Le 2 décembre 1938, une dispute éclate entre eux pour une femme dont tous deux recherchaient les faveurs ; Prépoignot en vient aux coups et sera inculpé de coups et blessures. Une semaine plus tard, le 9 décembre 1938, il contracte un engagement de cinq ans à la Légion étrangère au 1er Régiment étranger, à Sidi-Bel-Abbès. Lorsqu'il se présente volontairement devant le tribunal pour répondre de la rixe, sa démarche lui vaut l'indulgence des juges, qui ne lui infligent que 16 francs d'amende avec sursis.
Pendant la Légion — la campagne de 1940. Georges Prépoignot sert au 11e Régiment étranger d'infanterie avec la CA2 (matricule au corps 79 570). Il meurt au combat le 10 mai 1940 devant le château de Brenelle, dans la Meuse, secteur de Stenay. Sans nouvelles de lui depuis avril 1940, son beau-père André Maylander adresse en février 1942 une lettre à l'administration pour obtenir confirmation de son sort, se fondant sur le témoignage d'un ami selon lequel Georges serait tombé le 27 mai 1940 près du même château, vers Baalon et Stenay. Faute de confirmation immédiate, l'armée le déclare d'abord disparu le 27 mai 1940 ; ce n'est qu'en 1942, sur la foi du témoignage de Laloue, que sa mort est officiellement entérinée « pour la France », le 2 mars 1942, et notifiée à sa famille le 20 mars suivant.
Louis Guintoliune colonie, un dossier à Moscou, une blessure au ravitaillement
Avant 21 ans — quatre condamnations avant la majorité. Guido Guintoli, dit Louis, naît le 3 janvier 1894 à Carrare, en Italie, fils de Luigi Guintoli et de Maria Clélia Elvira Passerini. Entre 1906 et 1908, il est arrêté plusieurs fois pour vol et vagabondage, à chaque fois rendu à ses parents puis mis en patronage. Le 18 mai 1909, le tribunal de Marseille le condamne pour vol. Il arrive le 27 juin 1909 à la colonie pénitentiaire d'Aniane (matricule 3053), où il doit rester jusqu'à sa majorité ; le personnel le juge de mœurs et de caractère mauvais, et note qu'il est illettré.
Sa fiche le décrit à 15 ans : 1,55 m, cheveux noirs, yeux marron, avec un tatouage à l'avant-bras gauche (un demi-bracelet) et un autre sous le bras droit (une pensée), ainsi que des cicatrices à la cuisse gauche et une forte cicatrice au pouce droit. Son père est alors décédé, et sa mère vit maritalement avec un certain M. Rozi. Le 23 août 1912, il est transféré par mesure disciplinaire à la colonie d'Eysses, où il reste jusqu'à sa sortie, le 3 janvier 1915, jour de ses 21 ans.
Avant-guerre — sous le nom de sa mère. Devenu adulte, il travaille comme docker à Marseille, mais reste dans la délinquance : frappé d'un arrêté d'expulsion dès 1920, il continue d'opérer sous le nom d'emprunt de Passerini, celui de sa mère. Arrêté en 1929 après un cambriolage chez sa propriétaire, Mme Muratore, dont il a dérobé du linge et des vêtements pour une valeur d'environ 5 000 francs, il finit par avouer sa véritable identité à la Sûreté. Il est également impliqué en 1925 dans une agression à main armée à Saint-Barnabé, aux côtés de Gaston Ciomei et Nicodème Davino, contre un débitant de tabac menacé d'un revolver ; arrêté entretemps en Italie, où il reconnaît sa participation, il est jugé et condamné par défaut par le tribunal correctionnel de Marseille, tandis que ses deux complices écopent de deux ans de prison et cinq ans d'interdiction de séjour.
Pendant la guerre — le ravitaillement sous le feu. Le 27 septembre 1939, il s'engage comme volontaire pour la durée de la guerre et rejoint l'intendance militaire du Fort de Vancia. Affecté à la compagnie d'accompagnement n°1 du 11e Régiment étranger d'infanterie, chargé du ravitaillement, il est blessé le 30 mai 1940 par un éclat d'obus alors qu'il se trouve dans la voiturette amenant le ravitaillement au front ; il est évacué le jour même sur l'hôpital d'origine d'étapes d'Ancemont, puis sur Coulommiers. Il meurt le 15 juin 1943 à Marseille, célibataire.
Oscar Ernest Rettigné à l'étranger, orphelin de père, « affectueux avec sa mère » malgré un dossier disciplinaire chargé
Avant 21 ans — de Budapest à la colonie d'Aniane. Oscar Ernest Rettig naît le 2 mai 1914 à Budapest, en Hongrie, enfant naturel de Catherine Rettig. Sa mère se remarie le 24 décembre 1928 au Port-de-Bouc avec Marcel Labatut. Le 11 mai 1930, il est condamné par le tribunal de Marseille pour vols et envoyé en correction pour deux ans : d'abord placé en maison d'éducation surveillée, sous la surveillance de la Société marseillaise de patronage contre le danger moral, au 42 rue des Vertus à Marseille.
Condamné ensuite pour évasion en violation de sa liberté surveillée par la cour d'Aix, il est transféré à la colonie pénitentiaire d'Aniane le 2 septembre 1931, sous le matricule 6240, avec une sortie prévue au 2 mai 1933. Pendant sa détention, il y est jugé de mœurs légères, d'un caractère assez sournois et hypocrite, de conduite médiocre, indiscipliné et bagarreur, mais il est malgré tout précisé qu'il se montrait affectueux avec sa mère. Il est libéré le 2 mai 1933, muni d'un certificat de travail de menuisier.
Avant la Légion — une parenthèse silencieuse. Entre sa sortie d'Aniane en mai 1933 et son engagement l'année suivante, aucune trace ne subsiste de son parcours. Au recensement de 1936, sa mère apparaît remariée à Port-de-Bouc sous le nom de Ketty Labattut, sans lui au foyer, simplement parce qu'il est alors parti pour la Légion.
Pendant la Légion — mort pour la France. Il s'engage volontairement pour cinq ans au titre de la Légion étrangère en 1934. Il figure sur la liste matricule de 1938 de l'intendance militaire de Paris (n°839), sous le matricule au corps 79730, et avait alors un an de service actif à la mobilisation. Il fait la campagne de 1939-40 avec le 11e REI comme soldat de 2e classe, à la compagnie de commandement, comme pionnier. Il est tué au combat le 25 mai 1940 à Martincourt, dans la Meuse. Inhumé d'abord à Martincourt (tombe 52), il repose aujourd'hui à la nécropole nationale de Verdun - Faubourg Pavé, carré 1939-1945, tombe 245. Son acte de décès n'est transcrit à Port-de-Bouc que le 8 mai 1944, au terme d'une longue procédure administrative compliquée par le décès de sa mère le 24 novembre 1942 et le déménagement de son beau-père à Carcassonne. Il reçoit à titre posthume la médaille militaire (JO du 18 novembre 1952) et avait été proposé pour une citation à l'ordre du régiment. En 1938 déjà, depuis le 3e Régiment étranger à Fès, il avait entamé une démarche de naturalisation française, restée sans suite. Comme l'écrira son beau-père en 1944 : « Mon beau-fils voulait être français et si cela n'a pu se faire, il est mort pour la France. »
Paul Lofédeux fois orphelin, deux fois évadé, sept ans de Légion
Avant 21 ans — deux parents perdus la même année, une colonie d'où il ne revient pas. Paul Henri Lofé naît le 13 juillet 1904 à Vanves, enfant naturel reconnu par ses parents Paul Lofé et Florentine Herfort, qui ne sont pas mariés. En 1916, ses deux parents disparaissent la même année : son père meurt pour la France, sa mère s'éteint quelques mois plus tard. Sa tutelle, ainsi que celle de sa fratrie, sa sœur aînée Jeanne Henriette (1902) et ses deux frères cadets Victor Alexandre (1906) et René André (1910), est confiée à Gustave Gornet, domicilié à Vanves. Le 18 octobre 1922, alors âgé de dix-huit ans, il est condamné pour vol qualifié par la cour d'assises de l'Allier, sans antécédent judiciaire, et envoyé en correction jusqu'à sa majorité. Il arrive à la colonie pénitentiaire d'Aniane le 6 novembre 1922, sous le matricule 5110, avec une sortie prévue au 13 juillet 1925 ; il porte déjà, à son arrivée, 1,64 m, les cheveux châtain foncé, les yeux gris clair, et deux tatouages : un cœur traversé d'un poignard, et un bracelet au poignet gauche. Il s'évade une première fois le 23 septembre 1923, et est repris le 29 novembre suivant. Il s'évade une seconde fois le 10 septembre 1924 ; cette fois, il n'est jamais repris. Ses deux frères, eux, sont adoptés par la Nation par un jugement du 14 mars 1923 ; lui n'y figure pas, étant déjà en maison de correction.
Sans avoir jamais été rattrapé par la justice pour son évasion, il satisfait à ses obligations militaires au 146e régiment d'infanterie le 10 novembre 1924, puis passe dans la disponibilité un an plus tard, le 10 novembre 1925, avec un certificat de bonne conduite.
Pendant la Légion — sept ans sous un faux drapeau, puis la guerre qui revient le chercher. Le 23 décembre 1926, à Paris, il s'engage volontairement pour cinq ans au titre de la Légion étrangère, se déclarant alors de nationalité suisse. Il y reste au total sept ans, jusqu'à sa libération en fin de contrat le 1er juillet 1933, avec certificat de bonne conduite. Revenu à la vie civile, il devient boulanger et épouse, le 7 juin 1934 à Conflans-Sainte-Honorine, Irène Félicité Leclerc ; il reconnaît Henri Leclerc, né en 1933. Réserviste, il est rappelé à l'activité et fait la campagne de 1939-40 avec le 11e REI, comme soldat de 2e classe à la 3e compagnie ; il part en permission exceptionnelle du 3 au 9 mai 1940.
Après la défaite, il est requis au titre du Service du travail obligatoire en Allemagne : les registres allemands le signalent en mars 1943 dans un camp collectif, employé par une entreprise liée à la pêche (« Nordsee »), avant d'être renvoyé en France début avril 1943. Il meurt le 26 mars 1944 à Paris, dans le 20e arrondissement, à trente-neuf ans.
Marcel Bussièreun enfant du divorce marqué dans sa chair, devenu charron, puis légionnaire d'Afrique et du Levant pendant plus d'une décennie, jusqu'à la mort, dans les Ardennes, sous l'uniforme du 11e REI
Avant 21 ans — un foyer brisé, une colonie industrielle. Marcel Bussière naît le 26 avril 1906 à Doussas, commune de Cervon (Nièvre), fils de Pierre Bussière, cultivateur, et de Louise Marie Loeuillet, née à Paris en 1878, fille naturelle d'une journalière. Ses parents, mariés en 1903, divorcent le 3 décembre 1913 — Marcel a alors sept ans — le tribunal prononçant le divorce aux torts de la mère (dettes, fréquentation d'autres hommes au domicile conjugal, violences envers son mari) et confiant sa garde au père, avec un droit de visite pour la mère.
Le 29 janvier 1921, il est placé chez une famille à Laurens (Hérault). Le 4 mai 1922, il comparaît devant le tribunal de Clamecy pour vagabondage et est acquitté ; mais le 21 juin 1923, il est condamné pour vol et confié à la Société dauphinoise de sauvetage de l'enfance. Le 13 octobre 1923, le tribunal de Grenoble le place en correction jusqu'à sa majorité au titre de l'article 66, et il entre à la colonie pénitentiaire d'Aniane le 14 décembre 1923, sous le matricule 5216. Il y présente, entre autres marques relevées sur sa fiche, une cicatrice de brûlure sur la poitrine et de nombreuses cicatrices de brûlure sur le dos. Son caractère y est d'abord jugé mauvais, ses mœurs douteuses ; sa conduite reste ensuite qualifiée de médiocre, querelleur et indiscipliné, mais sans reproche sur les mœurs. Il y est formé au métier de charron, pour lequel un certificat lui est délivré. Ses parents, quoique divorcés, restent tous deux en contact avec lui. Sa sortie, prévue à sa majorité le 26 avril 1927, est devancée par son appel sous les drapeaux le 13 mai 1926.
Avant la Légion — l'armée régulière et le Levant. Incorporé le 14 mai 1926 au 170e régiment d'infanterie à Kehl, il est envoyé au Levant : embarqué le 3 septembre 1926, débarqué à Beyrouth le 13 septembre, affecté au 21e régiment de tirailleurs algériens, puis au 9e régiment de tirailleurs algériens après la dissolution du premier en juillet 1927. Rapatrié du Levant fin août 1927, il passe brièvement au 65e régiment de tirailleurs marocains avant d'être envoyé en congé, puis placé en disponibilité le 10 novembre 1927 avec un certificat de bonne conduite.
Pendant la Légion — plus d'une décennie sous le képi blanc, jusqu'aux Ardennes. Le 20 janvier 1928, il s'engage volontairement pour cinq ans à la sous-intendance militaire de Nevers au titre de la Légion étrangère, rejoint le 1er régiment étranger. Le 9 juillet 1928, il manque à l'appel ; arrêté le jour même, il est ramené à son corps sous escorte. Le 6 mai 1929, il est condamné par le tribunal militaire d'Oran à deux ans de prison pour dénonciation calomnieuse, circonstances atténuantes admises. Il se rengage pour cinq ans le 6 janvier 1932 à Sidi Bel Abbès, puis, après une interruption de service en 1933-1934, se rengage à nouveau par procuration pour 2 ans en octobre 1938 à l'intendance militaire de Damas, au titre du 1er régiment étranger d'infanterie, servant au Levant où il reçoit la médaille commémorative Syrie-Cilicie. Rapatrié à la veille de la guerre, il est affecté au centre des régiments étrangers d'infanterie le 11 novembre 1939, puis rejoint le 11e Régiment étranger d'infanterie, 5e compagnie. Il meurt pour la France le 27 mai 1940, au bois de Neudan, à Malandry, dans les Ardennes, à trente-quatre ans. Il reçoit à titre posthume la médaille militaire par décret du 12 novembre 1952.
Marcel Émile Rousseaudisparu à seize ans, une vie de petits délits, puis de mendicité
Avant 21 ans — une disparition mystérieuse, puis Mettray. Marcel Émile Rousseau naît le 12 novembre 1908 à Noisy-le-Sec (Seine), au domicile de ses parents, rue de la Gare. Son père, Adrien-Charles Rousseau, alors monteur en métaux, deviendra par la suite électricien ; sa mère, Alice-Ernestine Quéant, sera recensée comme concierge. Vers 1924-1925, à seize ans, alors employé dans une crémerie rue Galilée à Paris, il disparaît mystérieusement du domicile familial, rue de l'Union à Noisy-le-Sec : la presse locale relate qu'il a été vu ce jour-là « en compagnie d'un individu suspect », dont le signalement est transmis au commissariat de la Porte-Dauphine. En 1928, à dix-neuf ou vingt ans, il se trouve à la colonie agricole et pénitentiaire de Mettray, un passage tardif, à la veille de sa majorité, dont le motif exact et la durée restent inconnus faute de document plus précis.
Avant la Légion — une décennie de petits délits parisiens. Dès sa majorité, les condamnations s'enchaînent : quinze jours de prison pour filouterie d'aliments en février 1930, puis, tout au long des années 1930, une longue série de peines pour abus de confiance, escroquerie et surtout colportage et vente de briquets non estampillés, une activité qui revient à intervalles réguliers dans son casier, en 1935, 1936 puis 1939. Il change fréquemment d'adresse dans Paris : avenue du Parc Montsouris en 1929, rue de l'Hôtel Colbert en 1934, faubourg du Temple en 1935, puis de nouveau rue de l'Hôtel Colbert en 1936. Sur sa fiche militaire, il est noté exempté du service actif pour « coxalgie droite ».
Pendant la Légion — le 11e REI et la captivité. Le 9 septembre 1939, il s'engage pourtant volontairement pour cinq ans à la Légion étrangère, par devant l'intendant militaire de Paris. Incorporé au dépôt de la Légion étrangère le 11 septembre, il est affecté à la CA3 du 11e Régiment étranger d'infanterie et part aux armées le 15 décembre 1939. Fait prisonnier le 21 juin 1940, il est interné au stalag III B. Rapatrié le 10 juin 1945, il se présente au dépôt de la Légion étrangère à Marseille le 1er juillet, avant d'être démobilisé le 3 juillet 1945 par le centre départemental de libération des prisonniers de guerre des Bouches-du-Rhône.
Après la Légion — la mendicité, jusqu'à la mort. La nature de ses démêlés avec la justice change après-guerre : ce ne sont plus des escroqueries ou des trafics, mais une série de condamnations pour mendicité et vagabondage, quasiment chaque année de 1951 à 1956. Il meurt le 26 juillet 1956 à dix-sept heures, place du Parvis-Notre-Dame, à Paris, sans profession selon son acte de décès, moins de quatre mois après sa dernière condamnation, le 3 mars 1956, pour vagabondage et mendicité. Il était célibataire.
Une correction qui ne corrigeait pas toujours
Comme le volet consacré aux enfants de l'Assistance publique, ces parcours invitent à nuancer l'image d'une Légion refuge et rédemptrice.
D'abord, ces trajectoires rappellent que la colonie pénitentiaire ne reposait sur aucune véritable science de l'éducation : l'époque pensait qu'il suffisait de fermeté pour redresser un enfant, et le personnel encadrant n'était pas formé à cette tâche, et pas de suivi de réinsertion. Niepce accumule au moins huit condamnations entre sa sortie de Belle-Île et son engagement ; Druguet revole dès sa sortie d'Aniane ; Guintoli continue d'opérer sous un nom d'emprunt jusqu'à l'âge adulte — autant de parcours qui illustrent les limites d'un système qui, comme le rappelle l'historique en tête de cette page, finira par faire scandale et sera emporté par l'ordonnance de 1945.
Ensuite, la fausse identité déclarée à l'engagement, déjà relevée chez les enfants de l'Assistance publique, se retrouve tout autant ici : Lofé et Druguet se disent suisses, Niepce se déclare belge. Comme pour Pigeassou ou Caizergues, l'anonymat qu'offre la Légion prolonge, plus qu'il ne l'efface, la possibilité d'échapper à un passé pesant.
Enfin, l'institution qui les a corrigés de force est souvent celle qui, in fine, les décore : Niepce, Prépoignot, Rettig et Bussière reçoivent tous la médaille militaire à titre posthume, remise par le même État qui les avait placés en correction jusqu'à leur majorité.
Le cas de Bertenant, présent à la fois dans ce volet et dans celui de l'Assistance publique, rappelle enfin que les deux statuts, pupille assisté et mineur en correction, ne s'excluent pas : pour certains, l'un a mené à l'autre.
Tableau récapitulatif : les légionnaires passés par une colonie pénitentiaire ou un patronage
| Nom | Prénom(s) | Colonie / Patronage | Compagnie (11e REI) | Fiche |
|---|---|---|---|---|
| Balland | Charles Joseph | Val-d'Yèvre, Saint-Maurice (La Motte-Beuvron) | Voir la fiche | |
| Rousseau | Marcel Émile | Mettray | CA3 | Voir la fiche |
| Druguet | Paul Étienne | Saint-Hilaire, Aniane, Eysses | 7e compagnie | Voir la fiche |
| Bertenant | Auguste Émile | Saint-Hilaire | Voir la fiche (volet Assistance publique) | |
| Courtois | Georges Marius | Belle-Île-en-Mer | Voir la fiche | |
| Niepce | Jean Marie | Aniane, Belle-Île-en-Mer | Voir la fiche | |
| Guintoli | Guido, dit Louis | Aniane, Eysses | Compagnie d'accompagnement | Voir la fiche |
| Prepoignot | Georges Joseph | Mettray, Aniane, Eysses | CA2 | Voir la fiche |
| Rettig | Oscar Ernest | Aniane | Compagnie de commandement | Voir la fiche |
| Lofe | Paul | Aniane | 3e compagnie | Voir la fiche |
| Bussière | Marcel | Aniane | 5e compagnie | Voir la fiche |
| Pierrat | Paul Marcel | Patronage Rollet | Voir la fiche |
Historiographie
- Michel Foucault, Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1975.
- Manon Merlin, « Les colonies pénitentiaires, un symbole de l'échec de la justice pénale des mineurs. Le cas de Belle-Île-en-Mer, fin XIXe – début XXe siècle », mémoire de master, Histoire du droit et des institutions, Université de Lille, 2024.
- Enfants en justice, ressource documentaire en ligne sur l'histoire de la justice des mineurs en France, enfantsenjustice.fr.