La Compagnie de Commandement (C.C.) regroupe, au sein du 11e Régiment Étranger d'Infanterie, les éléments directement rattachés à l'état-major régimentaire : section des transmissions, section des pionniers, section des éclaireurs motocyclistes, ainsi que le personnel de commandement et de comptabilité. Son histoire pendant la campagne de 1939-1940 est connue, pour l'instant, par les extraits du journal de marche tenus par son commandant, le capitaine Lignez, couvrant la seconde quinzaine d'avril et le mois de mai 1940 ; le parcours de la compagnie pendant la retraite de juin 1940 reste à documenter.
D'avril à la revue de Camerone (15-30 avril 1940)
Le journal de marche transcrit débute à Bockange. Le 17 avril, la section des pionniers, sous les ordres du lieutenant Martin — un sergent-chef, deux sergents, un caporal-chef, deux caporaux et vingt-quatre légionnaires — fait mouvement sur Bockange, où elle est prise en subsistance par la C.H.R., tandis que la section des éclaireurs motos et la section des transmissions poursuivent leurs travaux d'organisation ; le sergent Gontier et deux observateurs sont détachés au 1er bataillon. Le capitaine Rivière, de retour de permission le 17, quitte le régiment dès le lendemain, affecté au 294e R.I. Les jours suivants sont occupés par des travaux divers, des permissions et quelques mutations (le sergent Keurvels évacué sur le G.S.D.G. le 19, le sergent Lambert affecté au dépôt de la Légion à Sathonay le 21).
Le 26 avril, la compagnie fait mouvement sur Condé-Northen : rassemblement des compagnies d'état-major à 3 heures au point initial, où la section des pionniers rejoint la compagnie, départ du bataillon d'état-major à 3h10 sous le commandement du capitaine Lignez, arrivée à 6h30. Le 27, le lieutenant Malaud installe un poste de D.C.A. au sud-est de Condé-Northen. Le 29, la compagnie, renforcée d'une section de la C.H.R., se rend à Boulay pour répéter le défilé de la revue du lendemain.
Le 30 avril, jour de la fête de Camerone, une prise d'armes se tient à 8 heures, à un kilomètre au nord-est de Boulay, pour la présentation du régiment au drapeau : la C.C. y est désignée compagnie d'honneur pour la garde du drapeau. Le régiment, rassemblé, est présenté au colonel par le commandant Robitaille en présence de cinq généraux et de nombreux officiers des unités voisines ; le colonel passe le régiment en revue, puis la compagnie va chercher le drapeau et vient se placer, avec sa garde, au centre du carré formé par les bataillons. Le lieutenant Malaud lit le récit du combat de Camerone, puis à 9 heures le régiment défile devant son drapeau et son chef de corps. La compagnie, portant le drapeau, défile ensuite dans les rues de Boulay avec le reste du régiment et lui rend les honneurs au croisement des routes de Metz et de Charleville. Une délégation assiste à 10h15 à la messe dite à l'église de Boulay à la mémoire des morts de la Légion ; à midi, le général commandant la division vient goûter le menu à la cuisine de l'unité ; l'après-midi se termine par une séance récréative dans un cinéma de Boulay.
1er-15 mai 1940 : encadrement et instruction à Vaudoncourt
L'extrait s'ouvre sur l'organigramme de l'état-major régimentaire au 1er mai : le colonel Robert commande le régiment, le commandant Robitaille en est le chef d'état-major, assisté des lieutenants Cardonne (liaisons), Virenque et Lamor (renseignements), du sous-lieutenant Lemoine (vétérinaire-chef du régiment) et du sous-lieutenant Funkl (officier des détails). La Compagnie de Commandement elle-même est alors commandée par le capitaine Lignez, avec le lieutenant Des Rousiers aux transmissions, le lieutenant Martin aux pionniers et le lieutenant Malaud aux éclaireurs motos. Plusieurs nominations sont prononcées par décision du Corps n°58 du 30 avril : le sergent-chef Veerheesen devient adjudant, les sergents Sehlegel et Veerstege deviennent sergents-chefs, le caporal Guedemen devient caporal-chef, le légionnaire Dutreaux devient caporal, et les légionnaires Atamaninck et Vincent passent légionnaires de 1re classe.
Le 6 mai, plusieurs mutations touchent la compagnie : l'adjudant-chef Roche est affecté à la C.H.R., l'adjudant Marchetti à la C.A.2, le sergent Dupuis à la 1re Cie, tandis que le sergent Gaultier rejoint la C.C. ; les transmissions des bataillons viennent alors en stage à la compagnie pour un cours de perfectionnement. Le 10 mai, l'adjudant Veerheesen est à son tour affecté à la C.H.R., et les permissions de détente sont suspendues. Les jours suivants sont consacrés à l'instruction, aux travaux de défense aérienne et à la distribution de munitions, le cantonnement étant consigné le 11 mai.
Le 14 mai, la compagnie fait mouvement sur Ars-Laquenexy (départ à 3 heures, arrivée à 7h30), puis se remet en route le soir même : rassemblement à 20h30, embarquement sur camions à 23 heures, départ à minuit. Le 15 mai, elle arrive à Vaudoncourt à 9 heures ; la section moto met en batterie ses postes de D.C.A.
16-31 mai 1940 : les combats du bois Le Ligant
La compagnie, cantonnée à Vaudoncourt, reconnaît ses tranchées-abris et révise matériel, armement et munitions, avant de se remettre en mouvement le 17 mai au soir (rassemblement à 18 heures, départ à 19 heures). Le 18, elle arrive au bois Cart-le-Fuit à 3h30 et s'installe au bivouac ; le légionnaire Hoffmann, victime d'un accident de motocyclette pendant le déplacement, est évacué le lendemain. Le 20 mai, huit légionnaires sont affectés aux bataillons et un caporal avec dix légionnaires viennent recompléter la section des pionniers ; la compagnie repart le soir (rassemblement à 20h15, départ à 20h30) et atteint le bois des Aisements le 21 à 4h30, où elle organise sa défense contre les bombardements et les tirs d'artillerie. Le soir même, elle fait mouvement vers le bois Le Ligant — le sergent-chef Poussard, le secrétaire et le personnel des cuisines restant au bois des Aisements pour assurer la comptabilité et le ravitaillement — et relève à 22 heures des éléments du 15e R.T.A., du 36e R.I. et du 119e R.I. ; vers 23 heures, l'emplacement occupé par la compagnie est bombardé.
Les 22 et 23 mai sont occupés par l'aménagement du bivouac et l'organisation contre les tirs d'artillerie et les bombardements aériens. Le 24, tandis que la compagnie pose des réseaux de barbelés, le P.C. du colonel et la compagnie subissent à 19 heures un violent tir d'artillerie ennemie : le caporal-chef Richard, en mission de réparation de lignes téléphoniques, est grièvement blessé, et les légionnaires Jancek et Bousson, qui l'accompagnaient, sont tués. Dans la nuit du 25, un nouveau bombardement violent blesse légèrement au bras droit le lieutenant Cardonne, ainsi que le sergent-chef Cheyrouse, le sergent Ponthou et les légionnaires Bacalhausen, Danielisz et Rojo ; les légionnaires Rettig et Lundlie sont tués. À partir de 23 heures le 26 mai, le P.C. du colonel et la compagnie essuient de très violents tirs d'artillerie de 105 et de 210 : l'aumônier du régiment, l'abbé Wattel, est tué, de même que le légionnaire Nissinen, tandis que le sergent Verlhegen, le caporal Labaye et les légionnaires Schreider, Aurrecochia, Monsaintjon, Baucher et Wills sont blessés.
Le 27 mai au petit jour, l'unité s'organise pour la défense du P.C. du colonel, les sections moto, pionniers et de commandement étant mises à la disposition du 3e bataillon ; dans la matinée, le légionnaire Rameau est tué alors qu'il portait un pli à un bataillon. Le lendemain, la compagnie se regroupe au bois du Pèlerin, où la rejoignent tous les hommes détachés la veille, et poursuit ses travaux de défense. Le 29 mai, elle continue la pose de barbelés autour des P.C. du colonel et de la compagnie ; le légionnaire Marti est blessé à la suite d'une chute à motocyclette en service commandé. Les 30 et 31 mai sont consacrés à l'organisation des postes de combat, à la récupération du matériel resté à l'ancien P.C. et à la construction d'abris contre les bombardements ; l'adjudant Raewski est affecté au 3e bataillon et quatre légionnaires viennent renforcer l'unité. On note par ailleurs que le légionnaire Wiels, blessé le matin du 27 mai, est décédé le jour même des suites de ses blessures.
Sources
Extraits du journal de marche de la Compagnie de Commandement du 11e R.E.I., signés par le capitaine Lignez : quinzaine du 15 au 30 avril 1940 (S.P. 12956, 1er mai 1940), quinzaine du 1er au 15 mai 1940 (S.P. 12956, 16 mai 1940) et deuxième quinzaine de mai 1940 (S.P. 15015, 1er juin 1940).
Effectif de la compagnie (106 fiches)
| Nom | Grade | Section / affectation | Statut | Fiche |
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