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3e Compagnie

Effectif recensé : 129 légionnaires
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Historique reconstitué à partir de l'extrait du journal de marche de la 3e compagnie pour la période du 16 avril au 15 mai 1940, rédigé et signé par le capitaine Emanuelli, et du compte-rendu rétrospectif rédigé le 20 janvier 1942 à Saint-Louis du Sénégal par le lieutenant Grange, ancien officier de la compagnie, qui y relate — d'après ses seules notes prises au jour le jour, conservées lors de son évasion — les marches et opérations du 1er bataillon pendant toute la campagne de 1939-1940.

Formation et encadrement (novembre 1939)

Le 6 novembre 1939, un renfort de 2000 hommes venant d'Afrique du Nord arrive au camp de la Valbonne. Le 17 novembre, le 1er Bataillon est envoyé à Dagneux. Il est alors commandé par le commandant Auffret (muté en février 1940), avec pour adjoint-major le capitaine Rouillon (qui prendra le commandement du bataillon à partir de février) et pour lieutenant adjoint le lieutenant Girard (fait prisonnier durant la campagne).

La 3e Compagnie est alors commandée par le capitaine Emanuelli (tué le 27 mai 1940), avec le lieutenant Gheysens (fait prisonnier, interné à l'Oflag VI A), le lieutenant Grange (auteur du compte-rendu utilisé ici, qui s'évadera par la suite) et le lieutenant Delorraine, qui passera au 12e REI en février 1940.

Décembre 1939 – avril 1940 : secteur de la Nied

Le 13 décembre 1939, le bataillon s'embarque à la Valbonne et débarque le lendemain à Rombas, avant de cantonner à Clouange (Moselle). Le 17 décembre, il gagne par la route Koenigsmacker, avec la 3e Compagnie détachée à Metrich ; le bataillon y entreprend des travaux de défense.

Le 6 janvier 1940, mouvement sur Kirschnaumen. Le 7, la 1re et la 3e compagnies montent aux avant-postes, relevant des éléments du 3e Bataillon du régiment, avec relève tous les 3 jours ; la 3e Compagnie y déplore, pendant cette période, un ou deux tués. Le 15 janvier, le bataillon se replie sur la ligne de recueil. Suivent plusieurs mouvements de cantonnement : Oudrenne (19 janvier), Metzerwisse (21 janvier), puis Tremery pour les 2e et 3e compagnies (23 janvier, le P.C., la CAB1 et la 1re compagnie restant vers Fleury/Ay), avant un nouveau retour à Metzerwisse pour des travaux dans la région d'Inglange.

Le 16 février, les trois chefs de bataillon du régiment sont mutés, ainsi que plusieurs officiers. Le 28 février, mouvement sur Gueling-Poudrerie pour de nouveaux travaux de défense. Le 10 mars, le capitaine Truffy, commandant la 2e Compagnie, est muté à la 14e Région. À partir du 13 avril, le bataillon fait mouvement sur Metzeresche, puis fait demi-tour vers Diding le 14, avant de s'installer le 15 avril sur la ligne d'arrêt vers Bekerholtz — le régiment intègre alors la 6e Division d'Infanterie Nord-Africaine (DINA).

16 – 30 avril 1940 : postes avancés du secteur de Burtoncourt

Du 16 au 30 avril, la compagnie aménage les postes avancés de la ligne de recueil dans le bois de Stockholz et construit les P.C. de bataillon et de compagnie. Les mouvements de permission et de convalescence se succèdent (sergent-chef Jasmé, 2e classe Mohr, Berthelot, Mauer, le lieutenant Gheysens, l'adjudant Margulies...), tandis qu'un groupe de légionnaires — Vaclav, Bohler, Novotny, Szemas, Georgeou, Heleniak, Hennel, Bleuse, Pilarczyk, Lopez, Piotrowicz, Jarnuzewski — se porte volontaire pour le Groupe Franc du régiment et quitte la compagnie le 17 avril. Le 18 avril, plusieurs promotions sont prononcées par le colonel commandant le régiment : sergent Dieu Emmanuel ; caporaux Menchelime, Bekus, Cloiret ; plusieurs légionnaires nommés à l'emploi de 1re classe.

Le 25 avril, la compagnie quitte les postes avancés du secteur de Burtoncourt pour gagner le camp de Bockange, où elle se repose le lendemain. Du 27 au 30 avril, aménagement des locaux, revue d'armes, de matériel et échange d'habits, puis la compagnie se rend avec le 1er Bataillon à Boulay pour participer au défilé du régiment organisé en l'honneur de la remise du drapeau. Elle fête ensuite l'anniversaire du combat de Camerone « suivant les traditions de la Légion dans un esprit de camaraderie plus marqué que les autres années en raison de la proximité du front » — amélioration des deux repas, tombola et distribution de lots en soirée.

1er – 15 mai 1940 : fossé antichars et combat du Groupe Franc

Du 1er au 15 mai, la compagnie poursuit les travaux dans le secteur de Burtoncourt, notamment la construction d'un fossé antichars. De nouvelles promotions sont prononcées le 1er mai (sergent-chef Dumoulin, caporaux Vlassof, Klurrest, Bohler, Weinreich...), et les mouvements de permission, d'hospitalisation et de mutation vers le dépôt de Sathonay se poursuivent au fil des jours.

Le 13 mai, le Groupe Franc du 1er Bataillon — où servent depuis le 17 avril plusieurs légionnaires initialement affectés à la 3e Compagnie — participe à un combat très dur au poste avancé 262 de Filstroff. Le journal de marche de la compagnie signale trois légionnaires de l'unité très grièvement blessés au cours de cet engagement : le caporal Georgeou, le 1re classe Pilarczyk et le 2e classe Karpowicz ; le caporal Bohler, fait prisonnier par les Allemands pendant l'action, parvient à s'évader et à rejoindre le Groupe Franc. Le compte-rendu ultérieur du lieutenant Grange, relatant le même combat à l'échelle du bataillon, indique que le lieutenant Jurion, qui commandait le Groupe Franc, y trouve la mort, ainsi que le caporal Georgiou, le légionnaire Pilarczyk « et plusieurs autres » — sans qu'il soit possible de déterminer, avec ces deux seules sources, si Georgeou et Pilarczyk sont morts de leurs blessures ou s'il s'agit d'un second épisode du même combat.

Le 14 mai, la compagnie quitte le camp de Bockange à 3 heures du matin, gagne Mey-Moselle qu'elle quitte à 21 heures, puis arrive à Fey le 15 mai à 4 heures du matin, où elle cantonne.

16 mai – 23 juin 1940 : la bataille et la retraite (d'après le lieutenant Grange)

La suite du parcours du 1er Bataillon — et donc de la 3e Compagnie — n'est connue que par le compte-rendu rétrospectif du lieutenant Grange, rédigé de mémoire après son évasion : étape en camions de Puixieux à Brandeville le 16 mai, installation défensive dans les bois de Brandeville et Bréheville, puis mouvement vers le bois des Pâques (20-21 mai) et le bois de Neudan. Le 22 mai, le bataillon relève des éléments dispersés en pleine forêt, où se mêlent les débris de six régiments amenés en hâte ; le capitaine Seillon, de la 2e Compagnie, disparaît au cours de cette relève après s'être heurté en pleine nuit à une résistance allemande.

Le 27 mai, une très violente attaque allemande se déchaîne toute la journée ; elle est repoussée partout, mais au prix de lourdes pertes des deux côtés. C'est ce jour-là que le capitaine Emanuelli, commandant la 3e Compagnie, est tué ; les lieutenants Sautour, Verny et Drouineau, des autres compagnies du bataillon, sont grièvement blessés. Le 28 mai, la ligne de front est reportée 3000 mètres en arrière et la situation devient plus calme, seulement troublée par des patrouilles et embuscades de part et d'autre.

Début juin, le bataillon multiplie les mouvements défensifs : relève le 6, départ le 9 vers le bois de Fays via Stenay, puis, les jours suivants, étapes successives par le château de Charmoy (12 juin), le bois des Caures (13 juin) et la côte du Poivre, où le bataillon s'installe défensivement le 14 après que l'arrière-garde a été coupée par les Allemands. Repli ensuite vers le fort du Rozelier, Seuzey-Lacroix (15 juin), Saint-Mihiel (16 juin), puis Void, atteint le 17 juin après un accrochage avec une avant-garde motorisée allemande.

Le 18 juin, le 2e Bataillon subit de lourdes pertes dans une action sur Void ; au 1er Bataillon, la 2e Compagnie, rejoignant le bataillon, est encerclée et ne se dégage qu'au prix de pertes sévères, ramenant néanmoins tous ses blessés — son commandant, le lieutenant Roux, est grièvement blessé et remplacé par le sous-lieutenant Cachat. Tous les animaux du bataillon ayant été tués, les armes lourdes doivent être détruites.

Le 19 juin à l'aube, le bataillon décroche après avoir fait sauter le pont d'Ugny et s'arrête vers 9 heures à la ferme des Quatre Vaux. L'attaque allemande, déclenchée vers 17 heures, se termine une heure plus tard par la destruction quasi totale des éléments engagés : il ne reste à ce moment, selon le lieutenant Grange, que 12 gradés et légionnaires à la 2e Compagnie et 35 à la 3e — la 1re Compagnie devant en compter de 30 à 40. Le décrochage s'effectue vers 22 heures.

Le régiment se replie ensuite sur Blénod-lès-Toul (20 juin), puis s'installe défensivement entre Crézilles et Ochey (21 juin). Le 22 juin, un ordre de reddition, signé du général Dubuisson, est notifié : le régiment, à court de munitions, détruit la totalité de son matériel. Le 23 juin à 10 heures, il est livré aux Allemands ; officiers et légionnaires sont séparés et parqués à Lay-Saint-Remy, d'où les officiers sont embarqués en camion pour Nancy.

Le lieutenant Grange, dont le compte-rendu constitue la source de tout ce dernier volet du récit, parvient par la suite à s'évader ; c'est depuis Saint-Louis du Sénégal, le 20 janvier 1942, qu'il rédige à la demande du Bureau de comptabilité de la Légion étrangère cette relation des marches et opérations du 1er Bataillon, en précisant n'avoir conservé, lors de son évasion, que ses notes prises au jour le jour — d'où quelques points signalés par lui-même comme incertains.

Sources

Effectif de la compagnie (129 fiches)

129
Recensés
17
Morts pour la France
22
Prisonniers
42
Blessés
7
Évadés
TousMorts pour la FrancePrisonniersBlessésÉvadés
Nom Grade Section / affectation Statut Fiche