Historique reconstitué à partir du Journal de Marche et des Opérations (JMO) de la 7e Compagnie couvrant la période du 1er janvier au 30 avril 1940, des extraits rédigés par le Lieutenant puis Capitaine Coquet pour les périodes du 16 au 30 avril, du 1er au 15 mai puis du 15 au 30 mai 1940, et du registre quotidien de comptabilité des effectifs (mouvements de soldes et de vivres) tenu par la compagnie du 1er avril au 10 juin 1940.
Janvier – mars 1940 : la guerre de position en Moselle
Au 1er janvier 1940, la 7e Compagnie cantonne à Kirchnaumen puis fait route sur Obernaumen, où elle s'installe : la compagnie de commandement et les 2e, 3e et 4e sections à Obernaumen, la 1ère section à la ferme de Tockfelt. La compagnie tient alors un secteur d'avant-postes dans le cadre de la « drôle de guerre ».
Dès le 2 janvier, les légionnaires Welocker Nicolas et Nicolas Eugène sont évacués sur une formation sanitaire pour « asphyxie » ; le légionnaire Nicolas décède le lendemain au Groupe Sanitaire Divisionnaire (G.S.D.). Le 16 janvier, le légionnaire Koecher meurt de mort violente par arme à feu. Les semaines suivantes sont occupées par des travaux d'abris et de défense, en alternance avec des tours aux avant-postes, jusqu'à la relève de la compagnie à Obernaumen par un bataillon du 2e Régiment de Tirailleurs Marocains le 6 janvier, puis un nouveau cantonnement.
Le 12 janvier, la compagnie s'installe au bois de Ritzing pour y construire des ouvrages d'abri et de défense, travaux qui se poursuivent jusqu'au 21 janvier, date à laquelle elle est relevée aux avant-postes par le 2e R.T.M. et cantonne à Oudrenne, puis à Ennery à partir du 23 janvier. À Ennery, la compagnie reprend l'instruction et l'éducation physique jusqu'à la fin du mois.
Février 1940 : Elzange et le bois de Koenigsmacker
Début février, l'unité, toujours à Ennery, poursuit l'instruction avant de faire étape le 4 février sur Elzange. Le gros du mois est consacré à des travaux de construction d'abris à la lisière nord-est du bois de Koenigsmacker, mobilisant l'essentiel de l'effectif disponible. Sur le plan du commandement, le Capitaine Perrossier part en permission de détente le 7 février ; le Lieutenant Forget, rentré de permission la veille, prend le commandement de la compagnie par intérim à compter du 8 février. Le 20 février, le Capitaine Perrossier rejoint la compagnie, avant de la quitter définitivement le 22 février, affecté au 12e R.E.I.
Une importante série de nominations est prononcée les 15 et 16 février 1940 par ordre du régiment n° 39 :
- Sergents : Termens Simon (caporal), Sandrou Nestor, Hutter Joseph, Belke Jean (caporal-chef)
- Sergent-chef : Jolway André (sergent)
- Caporaux : Servez Jean, Velosic Alfred, Cote Gabriel
- Caporal-chef : Foray Claudius (caporal)
- Caporaux (2e série) : Zimmer Henri, Johanson Carl, Guilbert Georges, Brémont Jean, Cadiou Pierre, Tieblemont René, Hernandez André
Mars 1940 : Sainte-Marguerite
Début mars, la compagnie quitte Elzange le 4 mars pour Sainte-Marguerite, où elle cantonne durant tout le mois, alternant travaux de campagne, revues d'armes et de propreté, et quelques journées de repos (les 17, 24 et 31 mars notamment). Le Lieutenant Delmas part en permission de détente le 25 mars.
Avril 1940 : Metzervisse, Hestroff, la ligne de contact
Le 1er avril, le Lieutenant Delmas rentre de permission tandis que le Lieutenant Berthot en part à son tour. La compagnie poursuit ses travaux de campagne à Sainte-Marguerite jusqu'au 12 avril, date à laquelle elle prépare son départ. Le registre quotidien de comptabilité, qui débute précisément à cette période, montre un mouvement continu de légionnaires revenant de permission de détente durant la première quinzaine d'avril, chacun faisant l'objet d'un rappel de solde correspondant à ses jours d'absence.
Le 13 avril, la compagnie fait mouvement de Sainte-Marguerite à Metzervisse, puis le 14 avril de Metzervisse à Hestroff. Le 15 avril, elle occupe l'emplacement de combat, et à partir du 16 avril s'installe durablement à Hestroff, où elle occupe les emplacements de combat et travaille au fossé antichar jusqu'au 20 avril. Un détachement d'un sergent, deux caporaux et dix légionnaires est envoyé au Groupe Franc le 16 avril.
Le 21 avril est une journée de repos au cantonnement, suivie par la reprise des travaux de campagne les 22 et 23 avril. Le 24 avril, la compagnie quitte Hestroff à 19 heures pour faire mouvement sur Volmerange, où elle installe son cantonnement les 25 et 26 avril (avec revue d'armes et de matériel), avant un exercice de défilé et une revue de cuirs et d'outillage le 27, puis une journée de repos le 28. Les 29 et 30 avril sont consacrés à l'exercice de repli à Boulay le matin, puis au défilé du régiment et à la célébration de la fête de Camerone.
Sur le plan du commandement, trois mutations marquent ce mois : le Lieutenant Coquet est affecté à la 7e Compagnie et en prend le commandement le 25 avril 1940 ; le Lieutenant Forget part en permission de détente de dix jours le 27 avril ; le Sous-lieutenant Berthot est affecté à la 5e Compagnie le 24 avril. Deux caporaux sont nommés sergent et caporal-chef par décision du 30 avril (prise d'effet le 1er mai), et trois légionnaires de 2e classe sont nommés à l'emploi de 1re classe à la même date.
1er – 21 mai 1940 : de la Moselle à la Meuse
Durant la première quinzaine de mai, la compagnie reste à Volmerange puis dans ses environs, alternant travaux d'abris et d'emplacements de batterie (1er, 3, 4, 6 à 10 mai) et journées de repos ou d'instruction (2, 5, 11, 12 mai). Le Lieutenant Coquet, un temps absent, rejoint l'unité le 11 mai 1940.
Le 13 mai, la compagnie fait mouvement sur Villers-Laquenexy, puis le 14 mai sur Corny, où elle cantonne. Le 15 mai est consacré à l'installation du cantonnement, aux travaux de propreté et à une revue de départ. Le rythme s'accélère alors nettement, signe de l'approche de la bataille : le 16 mai, mouvement de nuit sur Xonville ; le 17 mai, nouveau cantonnement à Xonville puis embarquement en camion à 21 heures ; le 18 mai à 4 heures du matin, arrivée à Bréheville et installation dans les bois avoisinants ; le 19 mai, bivouac dans les bois de Bréhéville. Le 20 mai à partir de 22 heures, la compagnie fait mouvement sur le bois de Pâques (bois au sud de Nepvant), où elle arrive le 21 mai à 5 heures.
Le 21 mai, après un stationnement dans le bois de Pâques, la compagnie relève à 23 heures les éléments du 14e Régiment de Tirailleurs Algériens tenant la ligne dans le bois d'Inor. Elle occupe désormais un secteur de première ligne.
22 – 30 mai 1940 : les combats du bois d'Inor
Le 22 mai, vers 3 heures du matin, de vifs engagements de contact éclatent : le légionnaire Revinski est tué. Le reste de la journée est consacré à l'organisation du terrain, mais de très vifs engagements reprennent vers 22 heures : sont blessés le sergent-chef Saurier et les légionnaires Maury, Delaevin, Kornblaum, Deligne, Kujas et Enkin — le registre de comptabilité de la compagnie, tenu en parallèle, confirme leur évacuation sur formation sanitaire le 23 mai sous des orthographes légèrement différentes (Morry, Delacour, Rujacz/Kujacz, Enkiri).
Le 23 mai, la 1ère section fait un prisonnier blessé ; des engagements de contact se poursuivent la nuit suivante, le 24 mai, sans nouvelle perte notable. Les 25 et 26 mai sont marqués par des tirs d'artillerie ; le 26 mai, une patrouille de reconnaissance est effectuée par le Lieutenant Forget et le sergent Saudrin (Sandrou). Le JMO souligne qu'aucune perte n'est à déplorer durant ces trois journées.
Le 27 mai est la journée la plus meurtrière de la période : à 3 heures du matin, des éléments ennemis attaquent, appuyés par l'artillerie et des lance-mines (Minenwerfer). L'ennemi est repoussé sur l'ensemble du front mais poursuit des tentatives d'infiltration pendant plusieurs heures avant de se replier définitivement vers 9 heures ; trois prisonniers restent aux mains de la compagnie. Les légionnaires Grégoire et Amsel sont tués. Sont blessés le sergent-chef Jolsway, le sergent Sandron, le caporal Johaussen et les légionnaires Krizniak, Luigi, Geldhof et Mazalenas. L'Adjudant-chef Klebnikoff est légèrement blessé par éclat d'obus ; le sergent Termens et le caporal Zimmer sont blessés aux abords de la cuisine par un tir d'obus.
Le 28 mai, la compagnie reçoit l'ordre de se replier derrière la ligne de recueil ; le décrochage s'effectue sans incident entre 8h30 et 9h30, la compagnie ramenant trois prisonniers blessés. Vers 10 heures, elle est soumise à un tir d'artillerie qui tue le légionnaire Giraudeau et blesse le légionnaire Bertaux. Le 29 mai, un détachement subit un tir d'artillerie qui tue le légionnaire Arefieff et blesse les légionnaires Bureau et Grégorowitch. Le 30 mai est consacré à l'aménagement des emplacements de combat éventuels.
Bilan des pertes identifiées (22 mai – 9 juin 1940)
- 22 mai — tué : Revinski (Rewinski) ; blessés : Saurier, Maury (Morry), Delaevin (Delacour), Kornblaum, Deligne, Kujas (Rujacz), Enkin (Enkiri)
- 27 mai — tués : Grégoire, Amsel ; blessés : Jolsway, Sandron, Johaussen (Johansen), Krizniak (Kryskianiak), Luigi (Luiggi), Geldhof, Mazalenas (Mazaleyras), Klebnikoff, Termens, Zimmer
- 28 mai — tué : Giraudeau ; blessés : Bertaux, Kaufman
- 29 mai — tué : Arefieff ; blessés : Bureau, Grégorowitch (Grégorowicz)
- 8 juin — tué : Burda
- 9 juin — blessé : Weinberg
- Perte différée — le légionnaire Luiggi, blessé le 27 mai, décède de ses suites le 29 mai 1940 au G.A.C.A. n° 18 (fait constaté le 7 juin par la compagnie)
Juin 1940 : dernières pertes connues
Le registre de comptabilité, qui prend le relais du JMO après le 30 mai, permet de prolonger le récit jusqu'au 10 juin 1940. Le 8 juin, le légionnaire Burda est tué à l'ennemi ; le 9 juin, le légionnaire Weinberg est blessé et évacué. Plusieurs mouvements administratifs interviennent également début juin : des détachements de brancardiers et de muletiers sont formés au profit de la C.A.2 et de la C.H.R. Le registre s'arrête le 10 juin 1940.
Effectif théorique (JMO) et effectif recensé
Les deux tableaux ci-dessous reproduisent les états d'effectif officiels de la compagnie, tels que consignés dans le JMO, aux deux seules dates où ils sont détaillés. Ils permettent de comparer l'effectif théorique de l'unité avec l'effectif recensé plus bas, issu du dépouillement des sources et fiches individuelles.
| Désignation | Officiers | S/Officiers | Cx-chefs et Caporaux | Légionnaires | Chevaux |
|---|---|---|---|---|---|
| Présents | 2 | 11 | 10 | 122 | 4 |
| Absents | 1 | 1 | 2 | 25 | |
| Totaux | 3 | 12 | 12 | 147 | 4 |
| Désignation | Officiers | S/Officiers | Cx-chefs et Caporaux | Légionnaires | Chevaux |
|---|---|---|---|---|---|
| Présents | 2 | 7 | 11 | 129 | 5 |
| Absents | 1 | 6 | 1 | 18 | |
| Totaux | 3 | 13 | 12 | 147 | 5 |
Soit un effectif théorique total de 174 à 175 hommes (hors chevaux) selon la date, à comparer aux fiches individuelles recensées ci-dessous — un écart minime, compte tenu du caractère nécessairement incomplet de tout recensement établi a posteriori.
Sources du récit
- Journal de Marche et des Opérations de la 7e Compagnie, 1er janvier au 30 avril 1940
- Extraits du journal de marche rédigés par le Lieutenant puis Capitaine Coquet, 16 avril au 30 mai 1940
- Registre quotidien de comptabilité des effectifs (mouvements de soldes et de vivres) de la 7e Compagnie, 1er avril au 10 juin 1940
Effectif de la compagnie (173 fiches)
| Nom | Grade | Section / affectation | Statut | Fiche |
|---|