Les équipages de la flotte, l'autre service militaire

Les légionnaires du 11e REI engagés dans la marine avant la Légion (1917-1932)
11è REIÉquipages de la flotteVolet IV
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Après les volets consacrés aux enfants de l'Assistance publique, aux mineurs passés par une colonie pénitentiaire, puis aux légionnaires affectés dans un Bataillon d'infanterie légère d'Afrique, ce quatrième volet s'intéresse à une autre filière d'entrée dans l'armée : celle des jeunes gens qui accomplissent leur service militaire ou s'engagent dans la marine, au sein des équipages de la flotte, avant de rejoindre la Légion étrangère. 41 légionnaires du 11e REI recensés dans ce travail sont passés par cette filière, entre 1917 et 1932.

Historique des équipages de la flotte

Les équipages de la flotte forment, depuis le XIXe siècle, le cadre administratif dans lequel la marine française encadre ses marins non officiers. 5 dépôts principaux se partagent le territoire : Cherbourg, Brest, Lorient, Rochefort et Toulon, chacun rattaché à un port militaire et à une zone de recrutement géographique. Jusqu'en 1924, les conscrits affectés à la marine et les hommes qui s'y engagent volontairement relèvent de circuits administratifs distincts ; cette année-là, la gestion des deux catégories est unifiée au sein des mêmes dépôts.

Le lieu de naissance des engagés éclaire assez nettement les logiques de recrutement. 12 hommes sur 41 naissent en Bretagne, dont 9 dans des communes directement littorales ou portuaires, Quère au Conquet et Le Bloch à Brest en étant les exemples les plus nets. 3 autres viennent d'un point du littoral hors Bretagne (la côte basque, Marseille, l'Hérault), et 2 de grandes villes portuaires en amont d'un estuaire, Rouen et Bordeaux. Pour ces 17 hommes, l'engagement dans la marine prolonge une origine géographique ou familiale déjà tournée vers la mer. Les 24 autres, en revanche, naissent loin de toute façade maritime, qu'il s'agisse de grandes villes continentales comme Paris, où naissent 5 d'entre eux, et Lyon, ou de régions aussi éloignées de la mer que le Berry, la Corrèze ou les Vosges : pour ceux là, le choix de la marine relève moins d'un déterminisme géographique que d'une décision individuelle, ou d'une affectation par le conseil de révision pour les incorporés.

À partir des années 1880, la formation dispensée dans ces dépôts se spécialise : des écoles propres à chaque filière technique (artillerie, timonerie, torpilles, puis mécanique avec l'arrivée des navires à vapeur) viennent remplacer un enseignement jusque là plus généraliste. Cette spécialisation reste toutefois jugée imparfaite par les observateurs de l'époque, qui déplorent un enseignement « trop théorique » et déconnecté des équipements réellement en service.

Les voies de recrutement

Le corpus réuni ici illustre 3 voies d'entrée distinctes dans les équipages de la flotte, très inégalement représentées.

Un livret d'engagement de 1926, contemporain de la majeure partie de ce corpus, détaille les critères retenus pour l'engagement volontaire : être âgé de 17 à 25 ans, mesurer au moins 1,52 mètre, être célibataire et sans enfant, être « sain, robuste et bien constitué » et apte aux travaux de force, et jouir d'une bonne conduite excluant notamment toute condamnation pour vol, escroquerie ou outrage à la pudeur. Le niveau d'instruction minimal exigé, dit de « 3e catégorie » selon un arrêté du 17 avril 1923, correspond aux « hommes sachant lire et écrire, mais dont l'orthographe est insuffisante ou médiocre » et connaissant l'addition et la soustraction. Une visite médicale et, selon la spécialité visée (cuisine, armement, électricité...), un examen technique complétaient la sélection.

Apprendre un métier : les spécialités de la flotte

Contrairement au service dans l'infanterie ordinaire, l'engagement dans les équipages de la flotte pouvait ouvrir sur une véritable spécialisation technique. 20 hommes de ce corpus ont une spécialité identifiée dans leur dossier : canonnier ou aide canonnier (les plus représentés), mécanicien, mécanicien chauffeur, timonier, gabier, arrimeur, infirmier, ou plus simplement apprenti marin pour ceux dont le parcours s'arrête avant toute qualification.

2 parcours illustrent bien cette possibilité, et ses limites. Le Bloch est admis le 10 octobre 1928 à l'école des apprentis mécaniciens de Lorient ; son engagement est pourtant résilié en 1931, certificat de bonne conduite refusé, sans que le dossier précise si la formation a été menée à son terme. Petit Berghien s'engage en 1931 au titre du 1er dépôt des équipages de la flotte de Cherbourg en qualité d'infirmier, et intègre l'école d'infirmier de l'hôpital militaire de Cherbourg ; il en est éliminé moins d'un an plus tard pour indiscipline et mauvaise conduite, puis réduit au grade d'apprenti marin. Touzeau connaît un sort comparable : engagé volontaire, il est lui aussi réduit au grade d'apprenti marin pour indiscipline. Dans ces 3 cas, la formation professionnelle promise par l'engagement se heurte à la discipline de la vie en dépôt.

Le certificat de bonne conduite et le code de justice maritime

Comme dans l'armée de terre, le certificat de bonne conduite (CBC) sanctionne la fin d'un engagement ou d'un service militaire dans la marine. Il est refusé en cas de punitions graves touchant à la probité, à l'honneur ou à la moralité, de condamnation par un conseil de guerre, ou, à partir de 1905, d'une peine de prison régimentaire d'au moins huit jours. Dans l'armée de terre de cette époque, le refus ne concernait, selon les estimations, qu'un homme sur cinquante à cent d'une classe d'âge. Le corpus réuni ici s'en écarte radicalement : sur 41 hommes, 19 se voient refuser leur certificat de bonne conduite (soit 46 %), 15 l'obtiennent, 6 ne sont pas documentés sur ce point, et 1 dernier est réformé pour inaptitude. Ce déséquilibre ne dit rien de la marine dans son ensemble : il tient à la nature même de ce corpus, rassemblé ici précisément parce que ces hommes ont ensuite rejoint la Légion étrangère, une trajectoire dans laquelle un passé judiciaire ou disciplinaire est surreprésenté.

Les fautes les plus graves relevaient, dans la marine, non pas des conseils de guerre ordinaires mais des conseils de guerre maritimes, installés dans les mêmes ports que les dépôts eux-mêmes. Le corpus en offre plusieurs illustrations : Dozier est condamné le 9 juillet 1927 par le conseil de guerre maritime permanent de Toulon à deux mois de prison pour désertion, en application de l'article 8 de la loi du 19 juillet 1901, qui étend le bénéfice des circonstances atténuantes aux infractions du code de justice militaire. Legras, lui, est condamné à deux reprises par le conseil de guerre maritime de Cherbourg (1930 et 1932) et une fois par celui de Brest (1928), toujours pour des faits de désertion. Rudloff, enfin, illustre le chevauchement possible entre les deux justices militaires : engagé dans la marine, il est condamné pour désertion à l'intérieur non par un conseil de guerre maritime mais par le conseil de guerre de la Bretagne, une juridiction de l'armée de terre, avant d'être affecté à un Bataillon d'infanterie légère d'Afrique.

Les textes régissant l'engagement lui-même apparaissent aussi ponctuellement dans les dossiers. Dupuis et Le Moënner s'engagent tous deux au titre du texte du 8 août 1913, une date qui correspond à la publication au Journal officiel de la loi du 7 août 1913, dite loi des trois ans, qui porte la durée du service militaire à trois ans et fixe les conditions de recrutement de l'armée active. Rectifiées par le décret du 30 décembre 1920 (dont la fiche de Le Moënner cite précisément l'article 2), une fois la durée du service revenue à la baisse après la guerre, ces dispositions continuent d'encadrer, pour ces deux hommes, les conditions d'engagement dans les équipages de la flotte. Boulanger, de son côté, perçoit à sa libération un pécule de 5000 francs prévu par la loi du 31 mars 1928 relative au recrutement de l'armée, dont un décret d'application du 7 avril 1928 précise les modalités.

Une confusion à éviter : la colonie pénitentiaire de Belle-Île et la marine. La section maritime de la colonie pénitentiaire de Belle-Île-en-Mer, présentée dans le volet consacré aux colonies pénitentiaires, formait ses colons aux métiers de la mer (matelotage, voilerie, corderie), sur des embarcations comme le Sirena. On pourrait en déduire que les enfants passés par Belle-Île étaient ensuite naturellement dirigés vers les équipages de la flotte. Ce n'est pourtant pas le cas des deux légionnaires de ce travail passés par cette colonie : Courtois est incorporé au 1er régiment d'aérostation, et Niepce au 12e bataillon de chasseurs à pied. Aucun des deux ne relève donc du présent volet.

Trois parcours déjà croisés dans le volet des BILA

Trois hommes de ce corpus, Blanchet, Dozier et Rudloff, ont, après leur condamnation par un conseil de guerre maritime et un passage en prison militaire ou en pénitencier, été transférés dans un Bataillon d'infanterie légère d'Afrique. Leur portrait complet figure déjà dans le volet consacré aux BILA ; ils sont seulement mentionnés ici, dans le tableau récapitulatif, pour que le corpus des équipages de la flotte reste complet.

Des engagements de jeunesse, des destins de légionnaires

Raymond Norbert Raoul Legrasun déserteur en série, entre la marine, la Belgique et la Légion

Article de presse « Dans les ports, à Cherbourg » mentionnant la condamnation de Raymond Legras par le conseil de guerre maritime
« Dans les ports, à Cherbourg », article de presse relatant l'une des condamnations de Raymond Legras pour désertion.

Raymond Norbert Raoul Legras naît le 2 septembre 1908 à Rouen, fils de Raoul Legras, mort pour la France en 1917, et de Raymonde Emilienne Leroy. Il s'engage volontairement pour 5 ans au titre du 1er dépôt des équipages de la flotte de Cherbourg le 6 mars 1926. Sa carrière militaire n'est plus, à partir de là, qu'une suite ininterrompue de condamnations et de désertions. Le 25 avril 1928, le conseil de guerre maritime de Brest le condamne pour fabrication de fausses permissions et pour avoir favorisé des désertions ; libéré conditionnellement le 19 novembre 1929, il est déclaré déserteur dès le 13 décembre suivant et arrêté par les gendarmes d'Elbeuf le 18 janvier 1930. Le conseil de guerre maritime de Cherbourg le condamne alors à 5 mois de prison pour désertion en temps de paix. Sorti le 12 juin 1930 de la prison centrale de Clairvaux, il ne rejoint pas son dépôt et est de nouveau déclaré déserteur ; arrêté un an plus tard, le 27 avril 1932, à Givet, il s'était en réalité réfugié en Belgique, où il est également arrêté pour port d'arme prohibé et vagabondage. Le 26 février 1932, le conseil de guerre d'Anvers le condamne à 8 mois de prison pour port d'arme prohibé, et celui de Cherbourg, le 10 juin suivant, à un an de prison pour désertion à l'étranger en temps de paix. Il passe finalement dans la disponibilité le 18 mai 1933, certificat de bonne conduite refusé. Le procès verbal de son arrestation en Belgique mentionnait aussi une lettre adressée à son épouse dans laquelle il évoquait son intention de mettre fin à ses jours.

Il s'engage pourtant volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 9 avril 1935, à Toulouse. Le scénario se répète : manquant à l'appel du 5 mars 1936, il est déclaré déserteur le 12 mars suivant, arrêté le jour même, et condamné à 2 mois de prison avec sursis par le tribunal militaire permanent d'Oran. Il se marie le 29 mars 1940 à Rumaucourt avec Lucie Marie Louise Hombert. Mobilisé au 11e REI, il est fait prisonnier en 1940 (liste des prisonniers n°14 du 11 septembre 1940) et interné au stalag III A. Il meurt le 31 juillet 1985 à Provins.


Jean Marie Cornecdouze ans de service, un certificat refusé au bout du chemin

Détail des services et mutations diverses de la fiche matricule de Jean Marie Cornec
Détail des services et mutations diverses, fiche matricule de Jean Marie Cornec.

Jean Marie Cornec naît le 4 septembre 1903 à Plounévez Lochrist, fils de Louis Marie Cornec et de Marie Anne Rozec ; devenu orphelin, il est placé sous la tutelle d'Hervé Cornec. Il s'engage volontairement pour 3 ans au titre du 2e dépôt des équipages de la flotte de Brest le 22 février 1923, comme apprenti marin chauffeur, puis se rengage pour 3 ans le 10 novembre 1925. Son parcours contraste avec la plupart des autres profils réunis ici : il ne s'agit pas d'un engagement de courte durée mais d'une véritable carrière de marin, qui s'étend sur douze années; le 22 février 1929, il est admis au cadre de maistrance et le 22 mars 1929 il est inscrit maritime à Morlaix sous le n°663. Ce n'est qu'à son terme que les choses se gâtent : condamné le 10 octobre 1933 à une amende de 25 francs pour coups et blessures, il est renvoyé dans ses foyers le 22 août 1935 avec un certificat de bonne conduite refusé, au titre de l'article 33 bis, après ces douze années de service.

Il se marie le 8 juillet 1930 à Lambézellec avec Marie Anne Benoit, dont il a un fils, Yvon ; le couple se sépare de corps en 1936 puis divorce en 1940. Devenu tour à tour cultivateur puis directeur commercial, il est de nouveau condamné en 1936 pour bris de clôture, puis en 1949 à plus de 3 mois de prison pour outrage public à la pudeur. Entre ces deux dates, il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 22 mai 1936, à Brest. Affecté à la CA3 du 11e REI, il est fait prisonnier en 1940 (liste des prisonniers n°21 du 25 septembre 1940) et interné au stalag XII A. Il meurt le 13 janvier 1972 à Brest.


Guillaume Morryarrimeur à Brest, capturé à un jour de chez lui

Guillaume Morry naît le 29 mars 1907 à Landerneau, fils de Victor Morry et de Françoise Morry. Il s'engage volontairement pour 5 ans au titre des équipages de la flotte le 13 mai 1924, à Brest, où sa spécialité est celle d'arrimeur. Il passe dans la réserve de l'armée de la mer le 13 novembre 1929, certificat de bonne conduite refusé. En 1932, il est arrêté pour ivresse ; en 1938, « La Dépêche de Brest » rapporte sa condamnation à un an de prison pour vol et violence.

Entre ces deux épisodes, il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 27 août 1932, à Rennes, et est libéré fin de contrat le 27 août 1937, certificat de bonne conduite accordé cette fois.

Rappelé à l'activité le 2 septembre 1939, il est affecté à la 7e compagnie du 11e REI. Il est blessé le 22 mai 1940 et évacué le lendemain vers l'hôpital complémentaire du lycée de garçons de Poitiers. En permission de convalescence à partir du 14 juin 1940, il ne parvient pas à rejoindre son corps avant l'armistice : il est fait prisonnier le 24 juin 1940 à Landerneau, sa ville natale, et interné au frontstalag 135 de Quimper puis au stalag IV B. Il se marie le 6 mars 1946 à Landerneau avec Joséphine Kerriguy, et meurt dans la même ville le 19 octobre 1967.


Christian Georges Lalouecuisinier dans la marine, puis à la section de transmission du 11e REI

Christian Georges Laloue naît le 15 août 1912 à Fresnay sur Sarthe, fils de Georges Laloue, mort pour la France en 1916 (ce qui lui vaut le statut de pupille de la nation, à ne pas confondre avec celui de pupille de l'Assistance publique), et d'Ernestine Joséphine Louise Foucher. Il s'engage volontairement pour 3 ans au titre d'un dépôt des équipages de la flotte le 4 juillet 1932, comme cuisinier, et passe dans la disponibilité le 4 juillet 1935, certificat de bonne conduite accordé. En 1937, il est condamné à un mois de prison par le tribunal d'Alençon pour vol ; l'année suivante, « L'Ouest éclair » publie le jugement de son divorce d'avec Odette Renée Louise Come, prononcé par défaut faute d'adresse connue.

Son nom apparaît par ailleurs dans un autre dossier de ce travail : il témoigne auprès de la Croix Rouge sur les circonstances de la mort de Georges Prépoignot, dont le portrait figure dans le volet consacré aux colonies pénitentiaires. Devenu charcutier cuisinier, Laloue s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 25 janvier 1938, à Tours. Affecté à la CA2 du 11e REI, à la section de transmission, il est fait prisonnier à Épinal et interné au stalag III B ; il n'est libéré de son engagement que le 4 décembre 1948. Il meurt le 26 février 1975, au Mans.


Pierre Le Blochun faux nom, des prisons marocaines, la mort au bois d'Inor

Pierre Le Bloch naît le 15 novembre 1912 à Brest, fils de Pierre Le Bloch et de Marie Françoise Le Gall. Admis le 10 octobre 1928, à quinze ans, à l'école des apprentis mécaniciens de Lorient, il est engagé pour 5 ans au titre des équipages de la flotte ; son engagement est résilié le 7 mai 1931, certificat de bonne conduite refusé.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère dès le 25 août 1931, à Paris, sous le nom de Pierre Vertaens, se disant de nationalité belge. Sa carrière y est marquée par une série de sanctions : condamné le 25 février 1933 par le tribunal de Marrakech à 15 jours de prison pour filouterie d'aliments, il est affecté le 15 septembre 1934 à la compagnie de discipline des régiments étrangers, puis arrêté par la sûreté et écroué à la prison civile de Marrakech le 23 octobre suivant. Condamné le 9 décembre 1934 à un mois de prison pour vol, il est réintégré dans une compagnie active le 7 octobre 1935, avant d'être de nouveau écroué, à la prison militaire cette fois, et condamné le 23 mars 1936 à un an de prison pour voies de fait envers un supérieur en dehors du service. Libéré fin de contrat et rayé des contrôles le 6 août 1937, certificat de bonne conduite refusé, il passe dans la réserve.

Avis de décès de Pierre Le Bloch paru dans La Dépêche de Brest
Avis de décès de Pierre Le Bloch, « La Dépêche de Brest ».

Mobilisé au 11e REI, il est affecté à la 9e compagnie, au groupe franc. Il meurt le 27 mai 1940 au bois d'Inor, lors d'une contre attaque où, selon sa citation, il « avait montré à tous un exemple magnifique » avant d'être tué d'une balle en plein front ; il reçoit à titre posthume la médaille militaire et la croix de guerre avec palme. Il est inhumé au cimetière d'Inor puis à la nécropole nationale de Bevaux, à Verdun ; « La Dépêche de Brest » annonce son décès.


André Camille Gaston Touzeaude la marine aux camps de prisonniers, tué en Résistance en 1944

André Camille Gaston Touzeau naît le 6 octobre 1913 au Blanc (Indre), fils de Gaston Camille Touzeau et de Léonie Marthe Tatet ; il est ébéniste et célibataire. Il s'engage volontairement pour 5 ans au titre des équipages de la flotte le 1er décembre 1930, à Nevers, avec le grade d'apprenti marin. Renvoyé dans ses foyers le 27 avril 1933, certificat de bonne conduite refusé, il est, l'année suivante, condamné à plusieurs reprises pour vol d'auto et vagabondage.

C'est dans ce contexte qu'il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère, le 22 mars 1935 à Alger, sous le nom de Marcel Dunot et en se disant de nationalité belge. Affecté à la 7e compagnie du 11e REI, il est détaché au groupe franc du 16 avril au 5 mai 1940, non sans avoir purgé, quelques jours plus tôt, quinze jours de prison. Il est fait prisonnier (liste des prisonniers n°15 du 12 septembre 1940) et interné au stalag XVIII, à Markt Pongau, avant d'être mis en congé de captivité le 22 juillet 1943.

Rentré en France, Touzeau rejoint la Résistance au sein des FFI. Il meurt tué au combat le 8 juillet 1944 à Genouilly, dans le Cher : « il est midi, ce 8 juillet, lorsque Paoli, à la tête des Allemands, surgit à la Goubarderie, une ferme pourtant située très à l'écart des routes. Des maquisards qui ont travaillé toute la nuit au parachutage y font leur toilette. Désarmés, André Touzeau, Jean Secrétain et Maurice Nicault sont abattus sur place. »


André Eugène Gérardsecrétaire du PC du colonel, mort à Martincourt

André Eugène Gérard naît le 5 février 1906 à Mont Saint Martin, fils de Pierre Gérard et de Marie Joséphine Rosalie Rouland ; il est ajusteur de profession. Il est incorporé au 5e dépôt des équipages de la flotte, à Toulon, le 12 mai 1926, et passe dans la disponibilité le 5 novembre 1927, certificat de bonne conduite accordé. Il s'agit ici de son service militaire et non d'un engagement volontaire, c'est pour cette raison qu'il ne reste dans les équipages que 18 mois.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 5 février 1932, à Marseille. En novembre 1939, il est affecté à la 1ère compagnie du 11e REI comme caporal chef, il est secrétaire du PC du colonel ; René Luce Coupin, dans « Vainqueurs quand même : le 11e de la Légion étrangère au feu, 1939 1940 », le décrit ainsi : « le légionnaire Gérard, taille moyenne, visage fin, secrétaire du PC du colonel. » Il meurt le 27 mai 1940 à Martincourt, tué par des éclats d'obus, le même jour où meurt Le Bloch au bois d'Inor ; il reçoit la médaille militaire à titre posthume, par décret du 26 janvier 1948.


René Petit Berghieninfirmier renvoyé pour indiscipline, cité comme caporal mitrailleur

René Petit Berghien naît le 3 décembre 1913 à Croix, dans le Nord, fils de Célestin Joseph Petit Berghien et de Simonne Julienne Florin ; il est reconnu et légitimé lors du mariage de ses parents, le 3 février 1919, à Croix. Journalier de profession, il s'engage volontairement pour 5 ans au titre du 1er dépôt des équipages de la flotte de Cherbourg, en qualité d'infirmier, le 30 octobre 1931, à Cambrai. Il est renvoyé dès le 18 juin 1932 de l'école d'infirmiers de l'hôpital militaire de Cherbourg, en raison d'une indiscipline et d'une mauvaise conduite habituelles, puis réduit au grade d'apprenti marin le 14 mars 1934, toujours pour indiscipline. Il est renvoyé dans ses foyers le 28 janvier 1935, certificat de bonne conduite refusé.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 23 octobre 1935, à Lille, en se disant de nationalité belge. Affecté à la CA1 du 11e REI, il est nommé caporal le 16 février 1940 et se distingue quelques mois plus tard comme caporal mitrailleur : une citation à l'ordre de la division salue sa « belle conduite et son courage » lors des combats du 27 mai 1940 au bois de Neudant et du 18 juin au pont de Saint Germain sur Meuse. Fait prisonnier le 23 juin 1940 et interné au frontstalag 240, à Verdun, il s'évade dès le 26 juillet suivant, se présente à Sennecey puis rejoint le dépôt de la Légion étrangère de Fuveau le 24 août 1940 ; il est démobilisé le 24 octobre 1940, à Marseille. Il se marie le 25 mars 1955 à Plan de Cuques avec Appolonie Rose Coulomb, et meurt le 14 octobre 1975 à Marseille.


Auguste Paulin Combesengagé sous nationalité espagnole, cité au bois d'Inor et à Saint Germain sur Meuse

Auguste Paulin Combes, dit Denis, naît le 3 janvier 1908 à Pézenas, fils d'Auguste Eugène Combes et d'Augusta Sylvanie Louise Loubière ; il a un frère, Jean Marcel, né en 1911. Mécanicien de moteurs agricoles, il est incorporé au 5e équipage de la flotte de Toulon le 10 mai 1928 et passe dans la disponibilité le 15 octobre 1929, certificat de bonne conduite accordé.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 3 février 1937, à Marseille, en se disant de nationalité espagnole. Caporal au moment de la mobilisation, il se distingue à deux reprises avec le 11è REI pendant la campagne de 1940 : une citation à l'ordre du régiment salue sa « belle tenue au feu » au combat du bois d'Inor, le 27 mai, puis les « qualités de courage et de sang froid » dont il fait preuve le 18 juin à l'affaire de Saint Germain sur Meuse, sous un violent bombardement. Fait prisonnier le 23 juin 1940 et interné au frontstalag 240, à Verdun, il s'évade le 20 novembre suivant et rejoint l'Afrique du Nord, où il est réformé définitif le 13 février 1941, avant de se rengager pour 2 ans dès le 16 juillet 1941. Il s'engage une dernière fois, pour 5 ans, au titre du 3e bataillon de génie, le 2 août 1945, à Grenoble. Libéré fin de contrat de son engagement à la Légion étrangère le 16 janvier 1947, il meurt le 20 août 1976 à Pézenas.


Aimé Marie Penanhoatde la marine à la gendarmerie, puis vingt huit ans sous les drapeaux

Aimé Marie Penanhoat naît le 30 mai 1901 à Bégard, dans les Côtes d'Armor, fils d'Eugène François Louis Penanhoat et de Marie Louise Raoul. Mécanicien de profession, il est incorporé au 1er dépôt des équipages de la flotte de Cherbourg le 20 avril 1921 et passe dans la disponibilité le 25 avril 1923, certificat de bonne conduite accordé. Nommé élève gendarme le 29 février 1924, il démissionne moins d'un an plus tard, le 1er février 1925.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 13 septembre 1927, à Tours. Libéré en 1932, il se rengage pour 3 ans au 4e régiment de tirailleurs marocains ; libéré le 4 octobre 1935, il se trouve à l'hospice de Versailles lorsqu'il se rengage une nouvelle fois à la Légion étrangère, le 21 octobre suivant, sous le nom d'Aimé Antonini et en se disant de nationalité italienne. Affecté comme pionnier à la compagnie de commandement du 11e REI, il est blessé le 18 juin 1940 à Saint Germain sur Meuse par un éclat d'obus au genou gauche et évacué à l'hôpital d'Épinal, avant d'être fait prisonnier et interné au frontstalag 122, à Chaumont, puis au stalag XV B. Il se marie le 1er août 1946 à Nice avec Marie Françoise Pagani ; la médaille militaire lui est décernée en 1951, au titre de vingt huit ans de services et seize campagnes. Il meurt le 31 janvier 1960, à Nice.


Yves Quèreinscrit maritime dès 1918, sergent mort à Commercy en 1940

Yves Quère naît le 19 février 1900 au Conquet, fils d'Yves Marie Quère et de Marie Anne Le Guen. Navigateur puis employé des Chemins de fer, il se marie le 5 mai 1928 au Conquet avec Michelle Françoise Léon, dont il a quatre enfants en 1935 ; le couple divorce le 17 novembre 1937. Il relève d'un régime plus ancien que la plupart des hommes réunis dans ce volet : inscrit maritime à sa demande au 2e dépôt des équipages de la flotte de Brest dès le 21 février 1918, il se rengage le 19 avril 1924 et passe dans la réserve le 17 juin suivant, certificat de bonne conduite refusé.

Il s'engage volontairement pour 5 ans à la Légion étrangère le 15 février 1937, à l'intendance militaire du Havre. Sergent au 11e REI, il meurt le 17 juin 1940 à Commercy ; la médaille militaire lui est décernée à titre posthume le 7 novembre 1948.


Le corpus des équipages de la flotte

Les 37 engagés volontaires de ce corpus sont, par ordre alphabétique : Barny, Baslan, Blanchet*, Boulanger, Cadet, Cadiou, Cornec, Cote, Croizer, Dozier*, Dubois, Dupuis, Gaillac, Graff, Grégoire, Hervé, Hug, Kohler, Lala, Laloue, Le Bloch, Le Goff, Le Lan, Le Moënner, Legras, Lidon, Marichalar, Maurin, Meaburn, Morry, Nicolas, Petit Berghien, Quèmar, Renouvin, Rudloff*, Sœur et Touzeau.

3 hommes sont incorporés d'office : Combes, Gérard et Penanhoat. Un dernier, Quère, relève de l'inscription maritime.

* Portrait complet dans le volet consacré aux BILA.

Tableau récapitulatif : les légionnaires du 11e REI passés par les équipages de la flotte

Les quarante et un légionnaires du 11e REI passés par les équipages de la flotte
Nom Prénom(s) Dépôt Voie Durée CBC Spécialité Voir
Barny Marcel Robert 5è équipage de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 4 ans accordé Voir la fiche
Baslan Robert Pierre Marcel Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans accordé commis aux vivres puis mécanicien Voir la fiche
Blanchet* Louis Marcel 3è dépôt des équipages de la flotte (Lorient) Engagé volontaire 7 ans refusé Voir la fiche
Boulanger Maurice Jean Fernand 5è dépôt de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 5 ans accordé timonier Voir la fiche
Cadet Albert Charles 5è équipage de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 3 ans accordé sans spécialité puis chauffeur Voir la fiche
Cadiou Pierre Jean Marie Yvon Des équipages de la flotte (Brest) Engagé volontaire 3 ans refusé commis aux vivres Voir la fiche
Combes Auguste Paulin 5è équipage de la flotte (Toulon) Incorporé non précisée accordé Voir la fiche
Cornec Jean Marie 2è dépôt des équipages de la flotte (Brest) Engagé volontaire 3 ans refusé chauffeur Voir la fiche
Cote Gabriel Roger Marcel Des équipages de la flotte Engagé volontaire 7 ans non mentionné Voir la fiche
Croizer Joseph Louis 3è dépôt des équipages de la flotte (Lorient) Engagé volontaire 5 ans refusé Mécanicien Voir la fiche
Dozier* Roger Marius 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 1 an et 8 mois refusé désertion Voir la fiche
Dubois Jean Louis Adolphe Pierre 1er dépôt des équipages de la flotte (Cherbourg) Engagé volontaire 3 ans non mentionné Voir la fiche
Dupuis Louis Henri 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 3 ans accordé timonier Voir la fiche
Gaillac Alfred François Pierre 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 5 ans non mentionné Canonnier Voir la fiche
Gerard André Eugène 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Incorporé accordé Mécanicien Voir la fiche
Graff Francis Marie 2è dépôt des équipages de la flotte (Brest) Engagé volontaire 10 ans réduit à 5 ans non mentionné Aide canonnier Voir la fiche
Grégoire Georges Lucien Edouard 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 3 ans accordé Voir la fiche
Herve Henri Joseph Marie Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans accordé aide cuisinier Voir la fiche
Hug Albert 3è équipages de la flotte (Lorient) Engagé volontaire 5 ans accordé chauffeur Voir la fiche
Kohler Roger Charles Camille Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans non mentionné chauffeur Voir la fiche
Lala Gilbert 2è dépôts des équipages de la flotte (Brest) Engagé volontaire 5 ans refusé Canonnier Voir la fiche
Laloue Christian Georges Des équipages de la flotte Engagé volontaire 3 ans accordé cuisinier Voir la fiche
Le Bloch Pierre Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans refusé Mécanicien (école des apprentis mécaniciens de Lorient) Voir la fiche
Le Goff Paul Gabriel Des équipages de la flotte Engagé volontaire 3 ans inapte cuisinier Voir la fiche
Le Lan Jean Joseph Marie 3è dépôt des équipages de la flotte (Lorient) Engagé volontaire 5 ans non mentionné Canonnier Voir la fiche
Le Moënner Jean Louis Des équipages de la flotte Engagé volontaire 10 ans refusé Mécanicien Voir la fiche
Legras Raymond Norbert Raoul 1er dépôt des équipages de la flotte (Cherbourg) Engagé volontaire 5 ans refusé Voir la fiche
Lidon Camille 4è dépôt des équipages de la flotte (Rochefort) Engagé volontaire 4 ans refusé Voir la fiche
Marichalar Jean Baptiste 4è dépôt des équipages de la flotte (Rochefort) Engagé volontaire 3 ans refusé Sans spécialité Voir la fiche
Maurin Charles Antoine 6è dépôt de la flotte Engagé volontaire 5 ans accordé télégraphiste Voir la fiche
Meaburn Lionel Henri 5è équipage de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 3 ans refusé Canonnier Voir la fiche
Morry Guillaume Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans refusé Arrimeur Voir la fiche
Nicolas Henri Louis Joseph Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans refusé fusilier Voir la fiche
Penanhoat Aimé Marie 1er dépôt des équipages de la flotte (Cherbourg) Incorporé accordé Apprenti marin Voir la fiche
Petit Berghien René 1er dépôt des équipages de la flotte (Cherbourg) Engagé volontaire 5 ans refusé Infirmier Voir la fiche
Quere Yves 2è dépôt des équipages de la flotte (Brest) Inscrit maritime Conquet n°1616 refusé Gabier Voir la fiche
Quèmar Armand Louis Désiré 2è dépôt des équipages de la flotte (Brest) Engagé volontaire 5 ans accordé Sans spécialité Voir la fiche
Renouvin Maurice Henri 1er dépôt des équipages de la flotte (Cherbourg) Engagé volontaire 5 ans refusé Sans spécialité Voir la fiche
Rudloff* Paul Ernest 5è équipage de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 3 ans refusé Mécanicien chauffeur Voir la fiche
Sœur Eugène 5è dépôt des équipages de la flotte (Toulon) Engagé volontaire 7 ans accordé Timonier Voir la fiche
Touzeau André Camille Gaston Des équipages de la flotte Engagé volontaire 5 ans refusé Apprenti marin Voir la fiche

* Portrait complet dans le volet consacré aux BILA. Le dépôt indiqué reprend la formulation de la fiche matricule ; l'absence de numéro ou de port entre parenthèses signifie que la source ne les précise pas. Ces données sont issues d'une extraction automatisée de verif_data.xlsx et n'ont pas toutes été vérifiées individuellement aux archives.

Sources

  • Service historique de la Défense, « Je recherche un personnel de la Marine », guide d'aide à la recherche, servicehistorique.sga.defense.gouv.fr.
  • « L'Instruction technique des équipages de la flotte », Wikisource.
  • « Le certificat de bonne conduite (CdBC) », parcours-combattant14-18.fr.
  • « Établissements pénitentiaires de Belle-Île-en-Mer », Wikipédia.
  • Odile Roynette-Gland, « Les conseils de guerre en temps de paix entre réforme et suppression (1898-1928) », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2002/1, n°73, p. 51-66.
  • « Loi du 31 mars 1928 relative au recrutement de l'armée », Légifrance.
  • « Loi du 7 août 1913, dite loi des trois ans », Assemblée nationale, assemblee-nationale.fr/histoire/guerre_14-18/loi_3_ans.
  • « Loi des Trois Ans », Wikipédia.
  • « Engagement volontaire, équipages de la flotte », genealanille.fr.
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