Jean André Todorow naît le 9 août 1916 à Dubrovnik, en Yougoslavie, fils de Sava Todorow et de Sara Cabrich. Après avoir fréquenté une école militaire dans son pays, il effectue son service militaire dans la marine yougoslave entre 1934 et 1935, avec le grade de lieutenant de corvette.
Fuite vers la France et engagement à la Légion
Il quitte son pays pour l'Italie, mais est arrêté à Trieste avant de parvenir à Marseille, le 4 février 1937. Ce jour-là, il contracte, à l'Intendance militaire de Marseille, un engagement volontaire de cinq ans au titre de la Légion étrangère ; il rejoint le Dépôt commun des régiments étrangers le 19 février 1937. Il mesure alors 1,71 m, a les cheveux et les yeux châtains.
Il passe au 1er régiment étranger le 16 octobre 1938, puis au Centre des régiments étrangers de la Valbonne, avant d'être affecté au 11e régiment étranger.
La campagne de 1939-1940 et la captivité
Todorow part aux armées contre l'Allemagne le 15 décembre 1939. Il est fait prisonnier le 23 juin 1940 — il figure ensuite sur une liste de prisonniers datée du 12 septembre 1940 — et interné à Montmédy. Sa captivité cesse le 10 octobre 1940 : il s'évade et se présente à Lons-le-Saunier. Rapatrié de la métropole vers l'Afrique du Nord, il passe au Dépôt commun des régiments étrangers le 7 novembre 1940, puis est dirigé sur Aïn-Sefra le 29 novembre. Il rejoint le 1er régiment étranger le 1er décembre 1940, puis reste affecté au Dépôt commun des régiments étrangers jusqu'au 23 janvier 1942. Il est libéré de la Légion étrangère le 4 février 1942 et se retire à Marseille, 22 rue d'Athènes.
Du 305e groupe de travailleurs étrangers au maquis
Après sa libération de la Légion, il fait partie du personnel d'encadrement du 305e groupe de travailleurs étrangers, à la Grand-Combe, dans le Gard, à partir du 29 février 1942 et jusqu'au 22 mai 1943, date à laquelle il prend le maquis.
Le maquis Aire-de-Côte et l'École des cadres de Lasalle
Le 22 mai 1943, Jean Todorow rejoint le maquis Aire-de-Côte, où il est agent de liaison. Il s'occupe ensuite de l'instruction militaire des jeunes du maquis de Lasalle, au château de Malérargues. Appelé désormais « Jean le Serbe », il organise successivement les maquis de Pont-Saint-Esprit, du Col du Mercou, de Grand Bérie et de la Vallée Borgne, sous l'autorité du chef régional André Pavelet, dit « Villars », responsable de la formation du Nord du Gard.
Le maquis de Lasalle est en contact régulier avec les chefs régionaux, ce qui lui permet de bénéficier d'une grande attention. À la fin de l'année 1943, faute de chefs suffisamment formés pour encadrer les groupes appelés à se séparer lors des combats à venir, l'idée d'une école des cadres se fait jour. Villars, sans qui rien ne se décide, est favorable au projet, et la direction régionale fournit aux hommes du maquis deux instructeurs militaires.
Cette école s'établit au château de Malérargues, près de Lasalle, propriété de M. Meyrues, employeur et grand patriote qui héberge aussi Robert Francisque. Robert Francisque et Jean le Serbe sont désignés pour seconder les deux instructeurs ; vingt hommes du maquis de Lasalle y suivent leurs cours. L'organisation de cette école reste très stricte, ses progrès devant être rapides, vu les risques qu'une telle concentration d'hommes en un lieu fixe peut entraîner.
C'est début juillet 1943 que Rascalon, par l'intermédiaire du boulanger de Lasalle Guy Arnault, prend contact avec Robert Francisque pour trouver un point de chute aux rescapés d'Aire-de-Côte : de cette rencontre naît le maquis de Lasalle, dont Robert Francisque devient le chef militaire. Avec Jean Todorow, dit « Jean le Serbe », ils enseignent aux élèves les rudiments du règlement d'infanterie : discipline, école du soldat sans arme puis avec arme, et école de guérilla.
Le 10 mai 1944, alors que les responsables du maquis sont réunis près du col du Mercou, Robert Francisque, resté seul au château avec Rose Frenkiel dite « Ami », est abattu par les Waffen SS venus l'arrêter sous un déguisement d'agent américain parachuté ; le château est ensuite pillé et incendié.
Décembre 1943 : l'équipe d'instruction de Bir Hakeim
Aimé Vielzeuf raconte, dans son chapitre consacré au 3 décembre 1943, l'arrivée à Lasalle d'une équipe d'instruction envoyée par le maquis Bir Hakeim :
Au jour dit, l'équipe d'instruction de Bir Hakeim arrive. Peu avant Bagnols, la camionnette qui l'amène tombe en panne. Les mécaniciens de l'usine Wyler, d'Orsan - dont Julien Fayet est le chef du personnel - parviennent à la remettre en marche. On repart. En haut de la côte de Roquebrune, Jean le serbe attend. Un jeune homme, la tête bandée, descend de la camionnette et se présente ; c'est R. M. (Christian de Roquemaurel). La lettre qu'il tend à Jean le Serbe stipule que R. M. exercera le commandement militaire du camp, Jean le Serbe conservant le commandement général.
Vers les onze heures, la camionnette s'arrête à Bagnols : les hommes cassent la croûte chez Mme Ida Camproux, au "Café de l'Avenue" ; R. M., Jean le Serbe, Marty, et Crapaud chez Maurice Aurélie, dont la maison fut toujours ouverte aux proscrits : nous nous devons de rendre hommage à sa vaillante épouse qui le seconda et continua de servir la cause, après la rafle de fin février -début mars 1944, dont nous parlerons plus loin.
Arrestation et captivité, mai 1944
Le 11 mai 1944, alors qu'il venait d'accomplir une mission de renseignement, Jean Todorow est fait prisonnier par les Waffen SS au Col du Mercou. Conduit à la prison d'Alès, il y subit de mauvais traitements pour qu'il livre les renseignements qu'il détenait, avant d'être transféré à la centrale de Nîmes puis aux Baumettes, à Marseille.
Détenu au fort Vauban à Alès, Todorow est le témoin des derniers jours de plusieurs autres résistants du maquis Bir Hakeim et de la région alésienne, arrêtés dans les mêmes semaines. C'est par son récit que l'on connaît le sort de plusieurs d'entre eux, comme le rapportent leurs notices du Maîtron :
Le 26 avril, Bayle se trouvait dans les Cévennes au camp de la Grande Borie, à Lasalle (Gard) commandé par Jean Todorow, alias « Jean le Serbe » qui s'était brouillé avec Jean Capel alias « commandant Barot », chef du maquis Bir Hakeim [du Languedoc]. Ce camp était rattaché au maquis (AS) « Aigoual-Cévennes » créé le 4 août 1943 par le Nîmois René Rascalon qui en assura le commandement jusqu'à la Libération. En mission pour son maquis à Alès avec Étienne Gervais, Paul-Bayle fut arrêté les Waffen SS français présent dans la ville depuis le 9 mai 1944. Enfermé au Fort Vauban, il y fut torturé. Notice BAYLE Paul, Louis — Le Maîtron
Ce fut grâce à Jean Todorow alias « Le Serbe », détenu lui aussi à Fort Vauban que l'on connait les détails du dernier jour de la vie de Gustave Nouvel. Jean Todorow, avait participé à l'action de Bir Hakeim et à sa direction avant de rompre avec Jean Capel en février 1944. Il avait été arrêté le 12 mai. Il expliqua que Lucien Belnot, maquisard de Bir Hakeim avait été extrait de sa cellule enchaîné avec d'autres condamnés eux aussi à mort, un résistant dont il ignorait le nom, de fait Gustave Nouvel, instituteur de Mages (Gard), Lagier* alias « Spada », Raynaud* alias « Bretelle » deux miliciens impitoyables à l'égard de la Résistance qui avaient trahi la cause collaborationniste. Todorow fut épargné in extremis. Belnot, enchaîné à Nouvel fut jeté dans la camionnette qui les conduisit à Servas. Ils y furent assassinés d'une balle dans la nuque. Son corps fut précipité dans le puits de la mine de lignite désaffectée de Célas, à Servas (Gard). Il fut remonté puis identifié le 14 septembre 1944. Notice NOUVEL Gustave, Paul — Le Maîtron
Jean Todorow, alias « Jean le Serbe », un résistant qui avait participé à l'action de Bir Hakeim et à sa direction avant de rompre avec Jean Capel en février 1944, avait été arrêté le 12 mai. Il a pu raconter le calvaire vécu par Belnot, lors de sa dernière nuit au fort Vauban le 9 juin. Il expliqua que Belnot fut extrait de sa cellule enchaîné avec d'autres condamnés eux aussi à mort, Lagier alias « Spada », Raynaud alias « Bretelle » deux miliciens impitoyables à l'égard de la Résistance qui avaient trahi la cause collaborationniste et un résistant dont il ignorait le nom, de fait Gustave Nouvel, instituteur des Mages (Gard), village du bassin houiller d'Alès lui aussi sauvagement torturé. Todorow fut épargné in extremis. Notice BELNOT Lucien, Maurice, Henri — Le Maîtron
Marie-Caroline Saule Landi, qui vivait seule à Nîmes et participait à la Résistance en hébergeant des réfractaires et en fournissant de faux papiers, avait elle aussi hébergé Jean Todorow :
Fille de Jean-Marie Landi, journalier, et de Marie-Joséphine Poggionovo, Marie-Caroline Saule Landi était séparée de son mari dont elle avait eu un fils et vivait seule à Nîmes (Gard). Personne sensible et serviable, bouleversée par la déportation de Paul Cassetari, son cousin qui avait été pensionnaire chez elle pendant vingt ans, elle participait à la Résistance en hébergeant des réfractaires et résistants et en fournissant de faux papiers d'identité. Elle avait hébergé en particulier Jean Todorow dit « le Serbe ». Notice SAULE LANDI Marie-Caroline — Le Maîtron
Jean Todorow avait aussi été de ceux qui, dans les mois précédant son arrestation, participaient aux actions de récupération de tickets d'alimentation et de tampons officiels dans les mairies de la région d'Alès, aux côtés de Lucien Jalabert :
Jalabert intégra le groupe franc (AS) de la région d'Alès dirigé par Alban Bernat puis par Marcel Pantel et René Pagès. Il participa avec, entre autres, Jean Todorow « le Serbe », Francis Roche et d'Amico à plusieurs actions de « récupération » de carnets et tickets d'alimentation dans des mairies de la région d'Alès ainsi que de cachets et tampons officiels utilisés ensuite par les groupes de Résistance pour fabriquer des faux papiers pour les réfractaires cachés dans les maquis cévenols. Notice JALABERT Lucien, Aimé — Le Maîtron
À l'automne 1943, c'est également Jean Todorow qui, chargé par Villars de rassembler les réfractaires des pays de Cèze, avait mis sur pied le camp de la ferme de Terris, avec l'aide d'instructeurs fournis par le maquis Bir Hakeim :
En octobre-novembre 1943, Raoul Trintignant rencontra Jean Todorow dit "Jean le Serbe" chargé par André Pavelet dit "Villars" le chef régional (R 3) des maquis Armée secrète, de rassembler les réfractaires des pays de Cèze, avec l'aide d'instructeurs fournis par le maquis Bir Hakeim (Voir Capel Jean). Le Comité AS de Pont-Saint-Esprit choisit le site (la ferme de Terris, sur un plateau désertique entre Méjannes-le-Clap et Saint-André-de-Roquepertuis), aiguilla vers le camp les réfractaires du Gard, de l'Ardèche et du Vaucluse, contacta les commerçants susceptibles de fournir du ravitaillement aux maquisards. Notice TRINTIGNANT Raoul — Le Maîtron
Évasion et Libération
Todorow s'évade des Baumettes lors du débarquement allié sur la côte méditerranéenne et rejoint aussitôt le maquis Aigoual-Cévennes, le 20 août 1944. Il se voit confier le commandement d'une compagnie, avec laquelle il combat à Ganges le 24 août 1944, puis à Saint-Hippolyte-du-Fort le 25 août. Il est nommé commandant de la place de Saint-Hippolyte, avant de rejoindre Nîmes le 27 août 1944 pour y prendre le commandement de la 7e compagnie. Le 1er octobre 1944, il est détaché à l'École des cadres d'officiers, comme chef instructeur, en qualité de capitaine.
Le commandant Rascalon, chef du maquis Aigoual-Cévennes, dresse ainsi son parcours dans une attestation du 14 décembre 1944 :
Je soussigne Commandant RASCALON, Chef des Maquis AIGOUAL CEVENNES, certifie que le dénommé : TODOROV Jean André, dit Jean le Serbe est entré au maquis à SAUMANE le 10 juin 1943 et qu'il était affecté comme agent de liaison. Il est passé ensuite à l'Ecole des Cadres de LASALLE pour préparer les jeunes maquisards et leur donner une instruction militaire. Chargé par la suite par le Chef Régional VILLARS de la formation du NORD DU GARD.
D'octobre 1943 à février 1944, il a organisé le maquis de Pont-St-Esprit.
De retour à LASALLE, il a organisé le maquis de Col du Mercou, du Grand Bérie et ensuite celui de la Vallée Borgne.
Le 11 mai 1944 a été fait prisonnier au Col du Mercou par les WAFFENS S.S. alors qu'il était en service commandé.
Conduit à la prison d'ALES a subi des mauvais traitements pour qu'il lâche les renseignements qu'il connaissait, a été transféré à la Centrale de NIMES puis aux Baumettes à MARSEILLE.
S'est évadé des BAUMETTES lors du débarquement allié sur la côte méditerranéenne, a immédiatement rejoint le maquis LASALLE où il lui a été confié le commandement d'une compagnie avec laquelle il a combattu à GANGES le 24 Août 1944 et à St-Hippolyte du Fort le 25 août 1944. Il a été nommé commandant de la Place de St-Hippolyte puis a rejoint NIMES le 27 août 1944 pour prendre le commandement de la 7e compagnie.
Le 1er octobre 1944, a été détaché à l'ECOLE DES CADRES d'OFFICIERS comme CHEF INSTRUCTEUR en qualité de CAPITAINE.
Cet officier a fait preuve d'une belle énergie dans la conduite de toutes les opérations qu'il a eu à soutenir contre les ennemis de la FRANCE. Il s'est conduit en vrai patriote FRANÇAIS et est digne d'acquérir la qualité de FRANÇAIS qu'il sollicite.
En foi de quoi je lui ai délivré la présente attestation pour servir et valoir ce que de droit.
NIMES LE 14 DÉCEMBRE 1944
Le commandant RASCALON
Son certificat d'appartenance aux Forces françaises de l'intérieur, délivré par la IXe Région militaire le 28 mai 1951, confirme son service dans l'A.S. « Aigoual-Cévennes » du 15 mai 1943 au 26 août 1944, puis son maintien dans sa formation jusqu'au 5 septembre 1944, date à laquelle il rentre dans ses foyers.
Citations et décorations
Todorow est cité à l'ordre du régiment (n°1207 C), selon la 4e liste de citations publiée au Journal officiel du 12 décembre 1942. La Croix de guerre lui est remise par le général Zeller en 1945. Le 24 mars 1961, le Journal officiel publie sa médaille militaire : « Todorow (Jean-Andréa), 8 août 1916, sergent ; 14 ans de services, 10 campagnes. Cité. »
Naturalisation et vie après-guerre
Le Journal officiel du 26 mai 1946 publie sa naturalisation : « TODOROW (Jean-Andréa), employé, né le 8 août 1916 à Dubrovnik (Yougoslavie), demeurant à Nîmes (Gard). » Il s'était marié le 21 août 1945 à Pont-Saint-Esprit, avec Ginette Hélène Rose Marty. Domicilié 4 rue de la Parisière à Nîmes au sortir de la guerre, il s'installe ensuite à Avignon, où il est encore domicilié en 1950. Jean André Todorow meurt le 14 juillet 2003 à Arles.
Sources
- SHD Vincennes GR 16 P 572851 (consulté)
- citation Journal Officiel
- AN Pierrefitte, dossier de naturalisation (consulté)
- gallica.bnf.fr Liste officielle des prisonniers de guerre français
- Livret militaire individuel (duplicatum), classe 1937, 1er régiment étranger d'infanterie (archives familiales)
- Homologation de grade F.F.I. et certificat d'appartenance aux Forces françaises de l'intérieur (archives familiales)
- Attestations du commandant Rascalon, chef du maquis Aigoual-Cévennes (14 décembre 1944 et 2 décembre 1950, archives familiales)
- Aimé Vielzeuf, chapitre 3 décembre 1943
- Le Maîtron
- sommieresetsonhistoire.org — Le maquis Aigoual-Cévennes
- museedelaresistanceenligne.org