Rouge Vert n°3

Écho des bouteillons du XIe régiment de Légion étrangère — 15 décembre 1939
11è REIPresseArchives Jabouille
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La revue du 11e régiment étranger est créée en novembre 1939. Elle comporte douze numéros, dont le dernier date du 1er mai 1940. Les numéros 4 à 12 sont consultables et téléchargeables sur la bibliothèque numérique de La Contemporaine. Les trois premiers numéros, eux, restent introuvables en bibliothèque — ils existent certainement encore, mais dans des collections privées ou des archives familiales.

Première page du numéro 3 de Rouge Vert, 15 décembre 1939, avec les épigraphes du maréchal Canrobert et du maréchal Franchet d'Espèrey
Première page du n°3, 15 décembre 1939

C'est le cas du numéro 3, daté du 15 décembre 1939, dont la famille du lieutenant André Jabouille conserve plusieurs exemplaires. Le fils de ce dernier en a transmis une copie, qu'il autorise aimablement à partager ici — permettant de reconstituer, page par page, ce numéro que l'on croyait perdu.

Ce troisième numéro s'ouvre sur deux épigraphes empruntées aux maréchaux Canrobert et Franchet d'Espèrey, avant de dérouler ses rubriques habituelles : le souvenir des anciens, les nouvelles des autres régiments de Légion dispersés de Sidi-Bel-Abbès à Fez en passant par le Tonkin, les citations, les « Bouteillons » et une chronique plus grave sur le sort du régiment à la veille de son premier Noël sous les drapeaux.

L'exemple des anciens et les citations du front

La rubrique inaugurale, « L'exemple de nos aînés », choisit cette fois de citer la conduite du caporal Arocas André, du régiment de marche de la Légion étrangère : engagé volontaire pour la durée de la guerre, grenadier d'élite, il tient trente-six heures en Champagne pour la conquête d'une tranchée avant de se distinguer à nouveau devant Verdun, où sa section fait trois prisonniers et en capture trois autres en fin de journée.

« Nous allions de page en page, la gorge serrée, incapable d'un choix parmi tant d'actes héroïques. [...] Mais c'est finalement le nom d'un Caporal que nous avons retenu. Il a été fait Chevalier de la Légion d'Honneur sur le Champ de Bataille. Pas un de nous qui ne lise sa citation avec le plus noble orgueil. » Rouge Vert, n°3, « L'exemple de nos aînés »

« Nous y sommes... » : le mystère du Secteur Postal 502

La rubrique « Nous y sommes » s'amuse des supputations que suscite, depuis huit jours, la seule mention d'un « Secteur Postal 502 » sur le courrier du régiment. Chacun y va de sa déduction savante pour deviner où le 11e REI doit être envoyé — de la Corse à Beyrouth en passant par Bizerte — sans qu'aucune certitude ne se dégage, sinon celle d'un départ imminent.

Adieux à Montluel, Dagneux, Bressolles et Belligneux

Page 3 du numéro 3 de Rouge Vert, article Adieux à Montluel, Dagneux, Bressolles et Belligneux
« Adieux à Montluel, Dagneux, Bressolles et Belligneux »

Sur plusieurs pages, le journal prend congé des villages de l'Ain qui ont hébergé le régiment durant ses premières semaines d'existence. Le ton, tour à tour ému et facétieux, décrit la dernière relève de la garde à Montluel, la remise des fanions à Dagneux devant deux généraux venus en personne, et les petites anecdotes de cantonnement à Belligneux — dont ce paysan outré de voir ses légionnaires « pirates » lui subtiliser son poulet dominical avant de laver consciencieusement la marmite.

« J'ai vu cent défilés, de toutes troupes, sous tous les cieux. À Dagneux, je revoyais l'éternelle Légion, son allure inimitable. [...] Mais les clairons ont jeté trois notes. Leur chant commence. Il n'y a plus des hommes mais une troupe soudain fondue, homogène dans son métal — et jusqu'à ceux des plus jeunes durcis tout à coup [...]. La Légion passe.... » Rouge Vert, n°3, « Adieux à Montluel, Dagneux, Bressolles et Belligneux »

Le pèlerinage se poursuit jusqu'au camp de la Valbonne, berceau du régiment, où les auteurs se remémorent avec tendresse les figures familières de l'encadrement — Nimbus, Argus, l'Adjudant Hoffmann, le Capitaine Mozzoli — avant que le train n'emporte les derniers légionnaires, fébriles, vers leur nouvelle destination.

Conte de Noël : le Père Noël de 1932

Page 6 du numéro 3 de Rouge Vert, Conte de Noël sur le lieutenant aviateur de la Porterie
« Conte de Noël », page 6

La pièce la plus bouleversante du numéro est sans doute ce « Conte de Noël », qui relate un souvenir de 1932 : perdus dans les neiges du Grand Atlas marocain, cent sept officiers, sous-officiers et légionnaires de la 11e compagnie du 3/2 étranger s'apprêtaient à passer un Noël bien terne au poste de Ksiret, quand un avion militaire survola leur position et largua trois sacs contenant cent sept paquets de cadeaux, enrubannés de laine rouge et verte — les couleurs de la Légion —, accompagnés d'un mot : « Joyeux Noël ! Camarades aviateurs de la Base de Ksar-es-Souk. »

L'anonymat du geste ne résiste pas longtemps : c'est le lieutenant aviateur Michel Henri de la Porterie, ancien légionnaire, qui en avait pris l'initiative. Le conte se referme sur une note tragique — un an et demi plus tard, le récit apprend que le lieutenant de la Porterie a été tué en mission de reconnaissance aérienne, quelques minutes avant le dernier coup de feu d'une campagne au Maroc, et que sa citation posthume rappelle qu'« il était déjà, au Maroc, entré dans la légende ».

Ce que les femmes pensent de la Légion

Le numéro laisse aussi la parole à un correspondant anonyme, qui livre le point de vue « féminin » sur la fascination qu'exerce la Légion étrangère — mélange de romantisme, d'inquiétude et d'admiration pour ces hommes qui ont choisi de « renoncer au siècle ». La rubrique voisine, plus légère, propose : une paire de lunettes d'occasion ayant appartenu à un haut gradé, des recommandations sanitaires contre les eaux contaminées des cantonnements, et un hommage au vaguemestre Lagune, félicité officiellement par les PTT pour le sérieux de son service postal.

Les plus beaux soldats du monde

Page 8 du numéro 3 de Rouge Vert, récit Les plus beaux soldats du monde sur le défilé du 14 juillet 1939
« Les plus beaux soldats du monde », page 8

Un autre récit revient sur le défilé du 14 juillet 1939, à Paris, où la Légion étrangère referme la marche devant les ambassadeurs étrangers massés à la tribune officielle. L'anecdote, largement reprise par la tradition légionnaire, prête à l'ambassadeur d'Allemagne, subjugué par le passage de la troupe, le mot : « Monsieur l'Ambassadeur, voilà les plus beaux soldats du monde » — auquel son homologue belge aurait répondu : « Vous avez raison... ». Le numéro se referme sur un poème anonyme dédié « aux bleus », rappelant que « nos traditions sont l'ossature de notre orgueil ».

Solidarités et dernière minute

Les dernières pages égrènent les témoignages de générosité reçus par la rédaction — dons du Comité d'entente des associations d'anciens combattants et volontaires juifs de France, colis de linge de Madame Blanc-Perducet, épouse du médecin du régiment, pipes envoyées de Marseille par une Madame Muller — avant une ultime rubrique, « Dernière minute », rédigée alors que le régiment reprend sa route vers une destination encore tenue secrète par la censure : « Joyeux Noël, bonne fête ! à tous, et à vous, camarades d'Afrique, de Syrie et du Tonkin. »

Le numéro, page par page

Sources

Mise à jour : 11/08/2026

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