Marcel Raymond Marie Le Moine naît le 1er octobre 1903 à Lorient. Officier de carrière formé à Saint-Cyr, il sert treize ans à la Légion étrangère, du Maroc à l'Indochine, avant de rejoindre le 11e régiment étranger d'infanterie en 1940. Fait prisonnier puis rapatrié sanitaire, il connaîtra encore l'Algérie et la perte d'un fils avant de s'éteindre en 1970.
Éloge funèbre
L'éloge funèbre suivant fut prononcé le jour de ses obsèques par son beau-frère et camarade de promotion de Saint-Cyr, Escolier :
Sorti à Cambrai, au bataillon de commandement Alphonse Juin, il rejoignit rapidement la Légion étrangère où il devait servir treize ans. Il y adopta d'emblée un mode de commandement très « vieille France », alliant un comportement aristocratique à un souci constant de la vie quotidienne de ses hommes qui lui accordèrent, en retour, une estime et une fidélité qui ne se démentit jamais.
D'abord au Maroc puis en Indochine où il effectua deux longues missions topographiques extrêmement périlleuses chez les Moï insoumis qui ne l'acceptèrent parmi eux qu'à la condition d'y venir rigoureusement seul, à leur merci.
Puis l'Algérie, la campagne de 40 et les très durs combats du IIème Étranger. Fait prisonnier, il s'évada peu après et débarqua en zone libre dans un style bien à lui — non pas, ainsi que tant d'autres, en haillons et sous fausse barbe — mais tiré à quatre épingles, comme à son habitude et suivi de sa cantine, ayant embarbouillé les Allemands d'horrifique manière dans une inextricable histoire.
Affecté aux Affaires indigènes du Maroc, sa profonde connaissance de l'anglais le fit affecter à différents états-majors internationaux ou interalliés où ses qualités naturelles de relations publiques, sa loyauté et son extrême confiance transformèrent en amis des partenaires pointilleux et méfiants.
Une dure épreuve vint le frapper : l'aîné de ses six enfants, Alain, ingénieur agronome et sous-lieutenant de Spahis tombait au champ d'honneur en Algérie.
Ce Breton nomade avait fini par se fixer près d'Orléans dans une gentilhommière ancienne ouverte sur un parc magnifique remis en état de ses mains car, sur le tard, l'amour de la terre avait saisi l'artiste qui n'avait cessé de vivre en lui.
Ses enfants bien lancés dans la vie, il espérait n'avoir plus, aux côtés de sa femme, qu'à soigner ses fleurs et à classer les reliques d'une famille qui avait donné tant de bons serviteurs aux armées et aux flottes de la France sous tous les cieux du monde, quand se manifestèrent les prémisses d'un mal implacable.
Et ce furent deux ans d'une lutte acharnée : maintenant pour les siens malgré la lassitude puis l'épuisement puis la douleur lancinante, une façade d'activité et d'espérance ; puisant une rare force d'âme dans sa foi, dans la conscience d'une vie sans peur et sans reproche, dans le soutien constant d'une épouse au courage égal au sien.
Adieu, vieux frère — après tant de douleurs, tu as bien mérité le repos, toi qui ne laisse que regrets et que larmes chez tous ceux — familiers et compagnons — qui ont eu l'heureuse fortune de te connaître et de vivre auprès de toi.
Escolier
Sources
- Dossier Légion d'honneur
- Annuaire des fonctionnaires et de l'armée, 1937 — officier d'active au 4e REI
- Saint-Cyr, 110e promotion du Chevalier Bayard, 1923-1925
- Annuaire administratif de l'Indochine, 1932
- Archives B. Le Moine
Commentaires
Rémy Scherer, 5 avril 2021
« Bonjour, et bravo pour votre site. Je reconstitue actuellement l'organigramme du 11e REI et il me semble que le capitaine Le Moine a été muté au 2e, et non 3e bataillon, le 28 mai, comme capitaine adjudant-major, à la suite du capitaine Brochet de Vaugrineuse, blessé le 27 mai 1940 au bois d'Inor. »
Zede, 5 avril 2021
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