Wolf Wilhelm Lajzerowicz naît le 14 septembre 1901 à Aleksandrów, en Pologne russe, dans une famille juive originaire de Bedkow. Après une jeunesse partagée entre l'Allemagne et l'Angleterre, il s'installe à Paris en 1931 pour fuir la montée du nazisme. Engagé volontaire au 11e régiment étranger d'infanterie en 1939, il est grièvement blessé et fait prisonnier lors des combats de juin 1940, avant de se réfugier dans le Cher pendant l'Occupation et de demander, après la guerre, la nationalité française.
Origines et famille
Fils de Chejnoch Hejnich — dit Heinrich, puis Henry — Lajzerowicz (également orthographié Leizerowitz) et de Masza Martha, née Braun, Wolf Wilhelm Lajzerowicz a deux sœurs, nées comme lui à Aleksandrów : Klara, née en 1903, qui épouse à Vienne en 1925 un Autrichien et devient de nationalité allemande, et Ela, née en 1906, restée de nationalité polonaise. Une tante, Szejwa Feiga, mariée à Gersz Najztat, s'est installée après 1919 au 282 Godwin Street, à Paterson, dans le New Jersey.
Enfance et carrières en Allemagne
Wolf Wilhelm quitte la Pologne à l'âge de trois ans : la famille s'installe en 1904 à Barmen, en Allemagne, puis vit à Londres de 1909 à 1910, avant de retourner en Allemagne. De 1910 à 1923, la famille réside à Elberfeld, où Wolf est successivement apprenti, employé puis fondé de pouvoir de banque à partir de 1918. En 1923, son père quitte l'Allemagne pour rejoindre sa sœur à Paterson, dans le New Jersey.
Wolf poursuit sa carrière en Allemagne : secrétaire-interprète de grands magasins à Düsseldorf de 1924 à 1925, directeur de succursale d'une maison d'importation à Cologne de 1925 à 1927, puis gérant d'une imprimerie d'art à Elberfeld de 1927 à 1931.
L'installation à Paris
En 1931, la famille quitte l'Allemagne pour fuir un climat de plus en plus hostile. Cette année-là, les Juifs d'Allemagne sont encore citoyens à part entière — un statut acquis dès 1871 — et ne subissent pas encore les lois raciales nazies, mais la situation se dégrade nettement. Des campagnes antisémites, menées notamment par le parti nazi alors en pleine ascension électorale, visent les commerces et professions juives, avec des intimidations et des violences sporadiques encore extra-légales, mais créant un climat d'insécurité croissante. Dès 1931-1932, des militants SA organisent des piquets devant des magasins juifs, brisent des vitrines, appellent au boycott et agressent des personnes dans la rue — prélude au boycott national de 1933 et à la violence de masse qui suivra l'arrivée d'Hitler au pouvoir.
Wolf s'installe définitivement en France à partir d'octobre 1931. À Paris, il réside successivement rue Saint-Sulpice (6e), boulevard Edgar-Quinet (14e), rue Bourgeois (13e), puis rue Piat (20e), où sa mère, ses sœurs et son beau-frère sont recensés en 1936. Le 1er juillet 1935, il déménage au 181 rue de Belleville, où il est recensé avec Reizléa, avec laquelle il vit maritalement. À partir du 1er juillet 1937, le couple s'installe au 44 rue du Pré-Saint-Gervais, dans le 19e arrondissement — une adresse qu'ils conserveront après la guerre.
Le père de Wolf n'est quant à lui jamais recensé à Paris : parti pour les États-Unis en 1923, il s'installe à Paterson, dans le New Jersey, où il est attesté en 1928 par ce manifeste de passagers du S.S. Westphalia, en route depuis Hambourg, recevant la visite d'un ami originaire de Barmen, Ernest Stang. Il se rend en France en 1939 pour le mariage de son fils, puis reprend le bateau pour les États-Unis le 15 avril 1940. Devenu citoyen américain, il meurt en 1944 et est inhumé au cimetière de Saddle Brook, dans le New Jersey, sous le nom d'Harry Leizerowitz. La mère de Wolf meurt quant à elle le 23 avril 1939, à l'hôpital Tenon, à Paris.
Engagement au 11e REI
En septembre 1939, Wolf s'engage volontairement dans un corps de l'armée française ; il est incorporé le 6 octobre au 11e régiment étranger d'infanterie et rejoint le dépôt de la Légion étrangère à La Valbonne, dans l'Ain. Le 26 octobre 1939, il épouse Reizléa Poleac, ressortissante roumaine née le 26 octobre 1908 à Chișinău et arrivée en France en 1929 ; son père, présent à la cérémonie, est alors domicilié villa Verlaine — son nom étant orthographié Leizerowitz sur l'acte.
Blessé et prisonnier, juin 1940
Le 17 juin 1940, lors d'un combat de rue, Wolf Lajzerowicz est grièvement blessé par balle, perd l'œil droit, et est fait prisonnier. Il est hospitalisé notamment à Verdun, au Luxembourg et en Belgique, puis interné en Allemagne, au stalag XII C, avant d'être transféré au frontstalag 130, à Amboise. Il est libéré et ramené à Paris le 18 décembre 1940.
Réformé avec un taux d'invalidité de 65 %, le 28 février 1941, il perçoit une pension annuelle de 15 500 francs. Le 12 juillet 1941, il reçoit la médaille militaire ainsi que la croix de guerre avec palme, accompagnées de la citation suivante :
Il est très probable, sans que cela soit documenté par les archives, que Wolf ait en réalité été blessé sur le territoire de Void plutôt qu'à Pagny, en portant secours au lieutenant Léon Kakhowski, de la 9e compagnie, lui-même blessé le 17 juin.
1942-1944 : l'exil dans le Cher
Après la grande rafle du Vél' d'Hiv des 16 et 17 juillet 1942, organisée par la police française pour le compte des autorités allemandes et qui touche principalement les Juifs étrangers et apatrides de Paris et de sa région, Wolf et sa femme quittent la capitale. Ils s'installent, du 19 septembre 1942 au 16 décembre 1944, à Châteaumeillant, dans le Cher — d'abord à l'Hôtel du Nord, dans la Grande Rue, puis chez un certain M. Ferron, rue des Abattoirs.
La commune de Châteaumeillant a hébergé environ 500 réfugiés entre 1940 et 1945, dont près de 142 Juifs. Quatre d'entre eux furent arrêtés puis déportés sans retour ; tous les autres furent sauvés par un réseau organisé principalement par des communistes locaux. Un gendarme, informé des instructions d'arrestation émanant de la sous-préfecture, prévenait un commerçant, qui prévenait à son tour d'autres habitants, afin que les Juifs du village puissent se cacher le temps que dure la mission des gendarmes. En 2004, Ida Apeloig-Rozenberg organise à Châteaumeillant une cérémonie pour remercier l'ensemble des habitants d'avoir sauvé tant de Juifs, avec la pose de cette plaque commémorative.
La famille de Wolf n'est pas épargnée par la persécution : sa sœur Klara, dite Claire, devenue allemande après son mariage viennois avec Bruno Falkenheim, se réfugie à Lyon avec son mari et leurs deux enfants nés à Francfort, Dimitri (1925) et Jeannette (1927). Le 5 août 1944, au 22 rue Mazenod, à Lyon, Klara et ses enfants sont arrêtés par la police française, puis déportés le 11 août 1944 par le convoi 78 vers Auschwitz. Seul Dimitri reviendra de déportation ; sa mère et sa sœur n'ont pas survécu.
Cette fiche établie après-guerre retrace l'arrestation de Claire (Klara) Falkenheim, née Lajzerowicz, à son domicile du 22 rue Mazenod à Lyon, et son départ par le convoi du 11 août 1944 — le convoi 78 vers Auschwitz, d'où elle ne reviendra pas.
Naturalisation, 1945-1947
De retour au 44 rue du Pré-Saint-Gervais en décembre 1944, Wolf reprend son activité de marchand forain, inscrit au registre du commerce de la Seine depuis 1934, puis devient marchand ambulant de tissus, linge de maison, vêtements de travail, bonneterie et laine à tricoter. Il vend notamment sur les marchés de Saint-Ouen et de Beaumont, et réalise en 1946 un chiffre d'affaires de plus de 600 000 francs.
Dans sa demande manuscrite, Wolf Lajzerowicz retrace brièvement son parcours — né à Aleksandrów, venu en France en octobre 1931, engagé volontaire le 6 octobre 1939 au 11e régiment étranger d'infanterie, blessé et fait prisonnier le 17 juin 1940 à Pagny-sur-Meuse, énucléation de l'œil droit, rentré en France comme grand blessé le 18 décembre 1940, réformé à 65 %, médaille militaire et croix de guerre avec palmes — avant de conclure :
Polyglottes et parlant couramment le français, sans activité politique connue, inconnus des fichiers judiciaires et bien considérés dans leur entourage, Wolf et son épouse sont décrits par l'administration comme pleinement assimilés aux mœurs françaises. Le couple, marié sans enfant, sollicite ensemble l'honneur d'être admis à la nationalité française.
Sources principales
- Dossier de naturalisation, Archives nationales, Pierrefitte-sur-Seine — 19780030/134
- Registres de recensement de Paris, 1936, 19e arrondissement
Mise à jour : 11/08/2026