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Compagnie Hors Rang (C.H.R.)

Effectif recensé : 90 légionnaires
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La Compagnie Hors Rang (C.H.R.) regroupe, au sein du 11e Régiment Étranger d'Infanterie, les éléments qui ne relèvent d'aucune compagnie de combat numérotée : services d'approvisionnement, dépannage et réparation, personnel médical et vétérinaire, train régimentaire. Son histoire pendant la campagne de 1939-1940 est connue grâce à trois sources qui se complètent : les extraits du journal de marche tenus par son commandant, le capitaine Chiron, pour les mois d'avril et mai 1940 ; le rapport que ce dernier rédige a posteriori, le 9 mai 1942, pour reconstituer les mouvements de son unité après la perte du journal de marche officiel lors de la reddition du régiment ; et le compte rendu détaillé, jour par jour, que rédige de son côté le sergent-major Gavinet en juin 1942 sur la période du 1er au 21 juin 1940, alors qu'il était sergent-chef à la C.H.R. et occupait les fonctions de sous-officier adjoint au service de l'approvisionnement.

De la formation du régiment à la « drôle de guerre » (novembre 1939 – avril 1940)

Le 11e R.E.I. se forme le 1er novembre 1939 au camp de la Valbonne. Le 6 novembre, environ 2000 légionnaires venus d'Algérie viennent renforcer le régiment. La C.H.R. cantonne d'abord à Montluel (28 novembre), avant d'être transportée vers le nord-est : débarquement à Rombas le 13 décembre et cantonnement à Rosselange (Moselle), puis Metzervisse (17 décembre), Bousse (23 janvier 1940), retour à Metzervisse (4 février), Maizières-lès-Metz (13 avril) et enfin Bockange, où elle s'installe le 15 avril, village et camp.

C'est à Bockange que débute le journal de marche transcrit pour la quinzaine du 15 au 30 avril. La vie de la compagnie y est rythmée par les mouvements habituels d'une unité au repos : retours et départs en permission (les légionnaires Debeaujon, Boucherie, Lodders et le caporal Bringier rentrent le 15 avril ; le caporal Perot et les légionnaires Dwormick, Lack et Schneider le 19 ; le légionnaire Legrand, revenant d'un mois en Algérie, le 20), affectations de renfort venues d'autres compagnies (le légionnaire Schiltz, de la 6e Cie, le 27 avril ; le légionnaire Grasset, de la 5e Cie, le 28), et quelques départs vers les compagnies de combat (le légionnaire Leneveu affecté à la 1re Cie et le légionnaire Capel à la 3e, le 22 avril). L'effectif présent oscille entre 155 et 165 hommes selon les jours. Le 26 avril, la compagnie quitte Bockange à 1h30 pour rejoindre Loutremange, où elle arrive à 11h15.

Le mois se clôt sur un épisode marquant : le 30 avril, une revue et une présentation du drapeau se tiennent en présence des généraux Condé, Loiseau, de La Porte du Theil et de Verdilhac. La veille, le cheval de trait n°91 avait dû être abattu sur ordre du sous-lieutenant vétérinaire — rappel que la C.H.R., unité de soutien, reste largement hippomobile à cette date.

Mai 1940 : de Loutremange à Fey

La première quinzaine de mai, couverte par le second extrait du journal de marche, se poursuit sur le même rythme. Le 1er mai, le caporal Bringier — rentré de permission quinze jours plus tôt — est nommé sergent ; les légionnaires Paquet et Boeckle passent légionnaires de 1re classe. Des renforts continuent d'arriver d'autres unités : le légionnaire Kafer, de la 1re Cie, le 4 mai ; l'adjudant-chef Roche, de la C.C., le 6 ; l'adjudant Veerhesen, également de la C.C., le 10, en remplacement du sergent-chef Stevens muté à la 7e Cie. Dans l'autre sens, l'adjudant Lhotel quitte la C.H.R. pour la 5e Cie le 6 mai.

Le 14 mai, la compagnie quitte Loutremange à 3 heures, atteint Ars-Laquenexy à 7 heures, puis repart dès 21h30. Le 15 mai à 5 heures, elle arrive à Fey (Moselle) — dernière entrée du journal de marche transcrit, mais point de jonction exact avec le récit que le capitaine Chiron reconstituera deux ans plus tard.

La retraite de mai-juin 1940 et la capture de la C.H.R.

Le journal de marche officiel de la C.H.R. ayant été perdu lors de la reddition du régiment, ordonnée le 23 juin 1940 par le général Dubuisson, le capitaine Chiron reconstitue le parcours de son unité à partir de notes personnelles. Depuis Fey, la compagnie cantonne successivement à Puxieux (17 mai), Pareid (18 mai) et Mogeville (19 mai), avant de bivouaquer dans le bois d'Haraumont (20 mai) puis dans le bois de Mouzay, au sud de Stenay (21 mai) — la section de chenillettes et les musiciens-brancardiers rejoignant alors le bois d'Inor, où se trouve le poste de commandement du colonel. Elle y reste jusqu'au 10 juin : chaque nuit, la section auto de l'approvisionnement se scinde en deux pour aller au ravitaillement, une moitié sous les ordres du lieutenant Popot vers la gare de ravitaillement divisionnaire de Damvillers, l'autre sous ceux du sergent-chef Gavinet vers les bataillons, tandis que les avions ennemis survolent la région et bombardent les rives de la Meuse et du canal de l'Est, incendiant plusieurs villages. Le 6 juin, le service automobile se sépare de la C.H.R. et va bivouaquer dans les bois en contrebas de Dun-sur-Meuse, à proximité de la route Sedan-Verdun, où il reste jusqu'au 10.

Le 11 juin au soir, l'ordre de repli est donné : le gros du convoi part sous les ordres du lieutenant Popot tandis que cinq camionnettes, sous ceux du sergent-chef Gavinet, vont ravitailler les bataillons au point de rassemblement fixé sur la route de Baalon à Étain, dans la forêt de Woëvre — le village de Baalon est alors en feu et le tir des batteries commence à atteindre les emplacements des bataillons et des véhicules de ravitaillement. Le lendemain à 5 heures, les camionnettes traversent la forêt de Woëvre entre les bataillons du 11e R.E.I., empruntent la route de Damvillers à Étain et rejoignent la C.H.R., qui bivouaque à la côte du Poivre ; le ravitaillement des bataillons et des compagnies d'état-major du régiment se fait au bois des Caures, près du monument Driant. Le 13 juin, tout le convoi automobile quitte la côte du Poivre pour se porter sur la route touristique de l'ossuaire de Douaumont, à hauteur de la tranchée des Baïonnettes, sous des bombardements intermittents.

Le 14 juin, le convoi reprend le repli par l'ossuaire de Douaumont et la route de Verdun-Vacherauville, vers le fort du Rozelier. Le 15, il rejoint la tranchée de Calonne, dans le bois des Chevaliers, non sans avoir été mitraillé une heure durant à la sortie de Sommedieue par deux avions ennemis (sans perte) ; l'après-midi, une escadrille de Marchetti-Savoia bombarde le bois pendant plusieurs heures, mitraillant en piqué routes et chemins, de nouveau sans dommage. Dans la nuit du 15 au 16, le ravitaillement des unités tenant les têtes de pont de la Meuse échoue à retrouver le 1er bataillon malgré des heures de recherche, entravées par l'encombrement des routes ; le sergent-chef ramène toutefois trois blessés du 3e bataillon dans sa camionnette avant de rejoindre la C.H.R., vers 9 heures, dans les carrières de Mécrin. L'après-midi, le convoi gagne, via Sampigny, Commercy — bombardée — et Void, le bois de Vaucouleurs, où se trouvent le poste de commandement du colonel, la compagnie de commandement et la compagnie régimentaire ; dans la nuit, cinq camionnettes conduites par le lieutenant Popot et le sergent-chef Gavinet se rendent à Toul, dont les magasins de subsistances sont en feu, et parviennent malgré l'incendie et le bombardement à en rapporter trois pleines de conserves et de biscuits de guerre, avant de rejoindre le régiment, qui a franchi la Meuse et s'est installé sur les hauteurs de Saint-Germain-sur-Meuse. Le 17 juin, le convoi se réfugie dans un bosquet sur la route de Blénod-lès-Toul, après le village de Rigny-Saint-Martin ; une escadrille ennemie le bombarde l'après-midi, sans perte pour la C.H.R. mais en causant plusieurs victimes chez les artilleurs installés à proximité, puis rejoint la compagnie près du fort de Blénod-lès-Toul. Le 18, cet emplacement et les abords du fort sont bombardés dès le matin ; la C.H.R. se replie sur le bois de Goviller.

Le 19 juin, les camionnettes de l'approvisionnement vont ravitailler en pleine nuit le groupe d'exploitation de la 6e division d'infanterie nord-africaine — il n'y a alors à distribuer que de la viande de conserve et des biscuits de guerre — avant de rejoindre la C.H.R. dans les bois de Vézelise. Le lendemain soir, des rafales de mitrailleuses lourdes allemandes, semblant venir du village, font monter la tension : le capitaine, dont l'autorité paraît depuis plusieurs jours complètement dépassée par les événements, refuse d'autoriser une reconnaissance. Le sergent-chef Gavinet, le sergent Ortiz et le légionnaire Rivers partent tout de même en moto vers Vézelise, où ils croisent une compagnie d'infanterie et un groupe de reconnaissance divisionnaire en repli : le village est abandonné, les Allemands tenant les crêtes qui dominent sa sortie sud. De retour, ils ont beau presser le capitaine de donner l'ordre de départ pour rejoindre le reste du régiment, celui-ci s'y refuse, disant attendre les ordres du colonel — la C.H.R. reste sur place.

Le 21 juin, les Allemands bombardent dès l'aube, au minenwerfer et au canon de 77, la route et le village de Paray-Saint-Césaire. Devant l'aggravation de la situation, les officiers de réserve se laissent enfin convaincre de partir en direction de Thuilley-les-Groseilles, où se trouve le reste du régiment ; l'ordre du colonel, qui ignorait la situation critique du convoi, parvient alors : bivouaquer dans le bois du Fey, sur cette même route. Le convoi automobile traverse Paray-Saint-Césaire sous les rafales de minenwerfer sans dommage, suivi par le convoi hippomobile, conduit par le sergent-chef Tautou, qui passe à son tour non sans mal en raison de l'affolement des chevaux. Le calme règne au bois du Fey jusqu'à 15 heures — la DCA voisine y abat un avion de reconnaissance ennemi — puis, vers 16 heures, une batterie allemande de 77 en position près de Germiny prend le bois pour cible pendant environ une heure, sans faire ni victime ni dégât. Vers 17 heures, le sergent-chef Veersteeg, de la compagnie de commandement, arrive à moto du poste de commandement du colonel porter l'ordre de rejoindre sans attendre le reste du régiment ; le capitaine part avec lui pour obtenir de plus amples précisions, tandis que l'étau allemand se resserre et que les hommes, à bout de patience, deviennent difficiles à contenir. À 19 heures, il revient, la mine défaite, pour annoncer qu'il est désormais impossible de rejoindre le colonel et qu'il ne reste plus qu'à se rendre — les hommes, furieux, veulent se battre et reprochent au capitaine son manque de décision, mais il est trop tard : les Allemands ont déjà investi le bois et cerné les véhicules. Sommés par un feldwebel et un brigadier-chef d'artillerie de déposer leurs armes en bon état, les légionnaires les brisent de rage plutôt que de les rendre. Les officiers de réserve quittent alors le détachement sans plus se soucier de leurs hommes ; à 20 heures, un détachement allemand les oblige à se mettre en route, encadrés par leurs sous-officiers — non sans que le sous-lieutenant Funkl, officier des détails du régiment, ait auparavant brûlé devant tous l'argent de la caisse régimentaire. « La C.H.R. du 11e n'existe plus », note le sergent-major Gavinet : « elle est prisonnière. »

Le récit qu'en fait de son côté le capitaine Chiron, deux ans plus tard, diffère sur les circonstances précises de sa propre capture : selon lui, appelé au poste de commandement du régiment par le chef de bataillon Clément, c'est en revenant en side-car, conduit par le sergent Ortiz, qu'il serait tombé au milieu des troupes adverses vers 21h30 et aurait été fait prisonnier séparément — les deux témoignages ne se recoupent pas totalement sur ce point.

Le rapport du capitaine Chiron est signé « À Montrevault, le 9 mai 1942 » ; celui du sergent-major Gavinet, rédigé à Saint-Louis les 12 et 13 juin 1942, est transmis par le capitaine Brochet, commandant la 5e Compagnie de la 4e demi-brigade de Légion étrangère, et enregistré au bureau du colonel le 15 juin 1942 sous le n°6176 — Gavinet y précise lui-même que les dates qu'il avance peuvent être approximatives, les documents qu'il détenait lui ayant été confisqués par les Allemands pendant sa captivité, mais que les faits rapportés sont rigoureusement exacts.

Sources

Extraits du journal de marche de la Compagnie Hors Rang du 11e R.E.I., signés par le capitaine Chiron : quinzaine du 15 au 30 avril 1940 (S.P. 12956, 1er mai 1940) et quinzaine du 1er au 15 mai 1940 (S.P. 15015, 23 mai 1940). Rapport du capitaine Chiron, commandant la C.H.R. du 11e R.E.I., sur les opérations de son unité pendant la campagne 1939-1940, rédigé à Montrevault le 9 mai 1942. Rapport du sergent-major Gavinet Pierre, alors sergent-chef à la C.H.R. et sous-officier adjoint au service de l'approvisionnement, sur les opérations de son unité du 1er au 21 juin 1940, rédigé à Saint-Louis les 12-13 juin 1942, transmis par le capitaine Brochet, commandant la 5e Compagnie de la 4e demi-brigade de Légion étrangère, et enregistré au bureau du colonel de la 4e 1/2 brigade le 15 juin 1942 sous le n°6176.

Effectif de la compagnie (90 fiches)

90
Recensés
1
Morts pour la France
38
Prisonniers
5
Blessés
4
Évadés
TousMorts pour la FrancePrisonniersBlessésÉvadés
Nom Grade Section / affectation Statut Fiche