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6e Compagnie

Effectif recensé : 74 légionnaires
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Historique reconstitué à partir des extraits du journal de marche de la 6e compagnie successivement rédigés par le capitaine Magne (16-30 avril 1940), le lieutenant Blot (1er-15 mai), le lieutenant Forget (16-31 mai), du rapport détaillé rédigé en 1942 par l'adjudant-chef Romanovitch sur les opérations du 1er au 23 juin 1940, et du compte-rendu rédigé en captivité par le capitaine Le Moine sur les circonstances de la mort du capitaine Magne.

Encadrement et effectif (avril 1940)

Au 16 avril 1940, la compagnie, stationnée à Volmerange, est commandée par le capitaine Magne (officier de réserve), avec les lieutenants Coubard et Blot (également de réserve). Son effectif s'élève alors à 4 officiers, 10 sous-officiers, 18 caporaux-chefs et caporaux et 151 légionnaires (dont respectivement 1, 4, 3 et 45 absents). Le lieutenant Hafenscher, de l'active, est détaché à compter de ce jour au Groupe Franc du bataillon.

16 – 30 avril 1940 : ligne de recueil du secteur de Volmerange

La compagnie occupe ses positions et se consacre à des travaux de fortification de la ligne, entrecoupés de revues d'armes et de propreté. Le 24 avril au soir, elle fait mouvement d'Hestroff sur Loutremange, où elle arrive après minuit ; le 25, nouveau déplacement vers Volmerange, puis installation et nettoyage du cantonnement. Fin avril, exercices, revues et reconnaissance des chantiers à venir, avant que la compagnie ne participe le 29 à un exercice de défilé à Boulay et fête, le 30, l'anniversaire du combat de Camerone.

1er – 15 mai 1940 : travaux de fortification du secteur de Boulay

Du 1er au 12 mai, l'unité travaille sur les fortifications du secteur de Boulay, avec instruction et revues certains soirs. Le 13 mai, le capitaine Magne, commandant la compagnie, est évacué sur le groupement sanitaire divisionnaire pour une entorse au pied ; le lieutenant Blot, de réserve, prend le commandement provisoire de l'unité. Le lendemain, pendant l'étape sur Laquenexy, le lieutenant Hafenscher, qui commande le Groupe Franc du 2e Bataillon, est blessé au cours d'un combat et évacué, de même que deux légionnaires du Groupe Franc, Sanchez et Eischen. La compagnie arrive à Corny le 15 mai.

16 – 31 mai 1940 : bois d'Inor, mort du sergent Fraven

La compagnie fait mouvement de Corny à Xonville (17 mai), puis à Bréheville (18 mai), avant d'occuper des positions dans les bois environnants, puis dans la forêt des Pâques (21 mai) et le bois de Neudan (22 mai). Le 23 mai au matin, le légionnaire Chargeraud est tué ; le 24, le légionnaire Deschamp, blessé à la main, est évacué. Le bombardement s'intensifie les 26 et 27 mai : lors d'une attaque allemande vivement contre-attaquée, le lieutenant Blot, commandant la compagnie, est blessé et évacué, de même que le caporal Farasse et les légionnaires Gilger et Frudman ; le sergent Fraven et le légionnaire Vera sont tués, et huit autres légionnaires blessés (Allard, Schall, Salinas, Adler, Kasiniak) sont évacués. Le lieutenant Forget, de la 7e compagnie, prend le commandement de la 6e à 10 heures. Les jours suivants, la compagnie occupe la ligne d'arrêt ; plusieurs hommes sont encore blessés par éclats d'obus (Lang, Gotland, Prévost, 28 mai).

1er – 17 juin 1940 : ligne d'arrêt du bois de Ligant

Début juin, la compagnie tient la ligne d'arrêt près de la ferme d'Hertebise, à cheval sur la route Martincourt-Olizy-sur-Chiers. Le 3 juin, le capitaine Magne revient de l'hôpital et reprend le commandement ; le lieutenant Forget rejoint sa 7e compagnie d'origine. Le 5 juin, la compagnie relève la 1re compagnie sur la ligne de résistance, dans la languette du bois de Ligant. Le 10 juin, un violent bombardement — que l'adjudant Romanovitch attribue à l'artillerie française elle-même, avant que le tir ne soit corrigé sur les positions allemandes — blesse légèrement le capitaine Magne de deux éclats dans le dos ; après un pansement sommaire, il conserve le commandement de son unité.

Le 11 juin au soir, l'ordre de repli du bataillon est donné ; les sections Bertot (5e Cie), Romanovitch (6e Cie) et Stevens (7e Cie) assurent la couverture jusqu'au lever du jour avant de rejoindre le gros du bataillon. S'ensuit une retraite de plusieurs jours par Brandeville, le bois des Caures, Douaumont, puis Saint-Mihiel, où la compagnie tient un temps la garde des ponts sur la Meuse. Le 17 juin à 4 heures, le bataillon arrive à Void ; la 6e Cie doit défendre la route venant de Commercy. Dans l'après-midi, alors que le bataillon repart vers Saint-Germain-sur-Meuse, une arrière-garde de deux sections — la section Romanovitch de la 6e Cie et la section Stevens de la 7e — reste à Void sous les ordres de l'adjudant Romanovitch, avec pour mission de faire sauter le pont tournant sur ordre. Attaquée par des automitrailleuses puis par des chars, la section se replie, improvise une barricade enflammée qui immobilise le premier char allemand, et parvient à faire sauter le pont à 18h35, alors que des soldats allemands s'en approchaient déjà en criant « Schnell, schnell, nach der Brücke ». Le sergent Wervier, très grièvement blessé, doit être abandonné dans une maison avec le caporal Zavarine et le légionnaire Agostini ; la section ne compte plus que 10 hommes à l'arrivée au pont.

18 juin 1940 : contre-attaque de Void, mort du capitaine Magne

Dans la soirée du 17, le chef de bataillon d'Alegron, épuisé et se jugeant responsable de n'avoir pas laissé d'officier au commandement de l'arrière-garde de Void, décide de prendre lui-même la tête de la 6e compagnie pour l'opération de reprise du pont, prévue à l'aube. Selon le témoignage du capitaine Le Moine, il confie ce soir-là son portefeuille à un camarade en lui disant : « Je sais que je ne reviendrai pas. […] Vous écrirez à ma femme ». Le capitaine Magne, convoqué et mis au courant de la situation alors qu'il est lui-même exténué, « n'a pas un mot de révolte » et accepte à son tour cette mission.

À 4 heures du matin le 18 juin, la 6e compagnie — effectif total 74 hommes, renforcée d'une section de la C.A.B.2 — part à la contre-attaque de Void sous les ordres du capitaine Magne, non encore remis de ses blessures, et du commandant d'Alegron. Vers 6 heures, à l'approche du village, le feu se déclenche : minenwerfer et mitrailleuses lourdes, tirées depuis le Camp des Romains, encerclent et séparent les sections les unes des autres. Le commandant d'Alegron et le capitaine Magne sont tués au cours de l'action ; le lieutenant Viel, venu en chenillette porter l'ordre de repli et tentant de dégager le corps du commandant, tombe à son tour, et le lieutenant Coubard est blessé. L'adjudant Romanovitch prend alors le commandement des survivants et se replie vers le bois de Vaucouleurs ; il ne reste à ce moment que 18 légionnaires et trois gradés à la compagnie. « La Cie pratiquement n'existe plus », note-t-il dans son rapport.

La mort du capitaine Magne ne sera confirmée que le 20 août, lorsqu'un officier de tirailleurs, le capitaine de Beaufond (9e R.T.M.), fait savoir au capitaine Le Moine avoir lui-même procédé, au lendemain de sa capture, à l'inhumation de plusieurs légionnaires dont le corps du capitaine Magne, tué d'une balle en pleine tête et touché de plusieurs autres balles à la cuisse. Le capitaine Le Moine, qui rédige son témoignage en captivité le 24 juillet 1942, y rend hommage à « un officier d'élite qui avait parfaitement réussi dans le délicat commandement d'une unité de Légion » et rappelle que Magne, blessé une première fois le 9 juin par un éclat d'obus à la hanche, avait tenu à conserver son commandement jusqu'à sa mort, « se préoccupant constamment du bien-être de ses légionnaires ».

19 – 23 juin 1940 : la fin de la compagnie

Sous les ordres de l'adjudant Romanovitch, les survivants de la 6e compagnie reçoivent, à 9 heures, la mission de tenir un « bouchon » entre la 5e compagnie et le 9e R.T.M. sur la colline de l'Ourche, où ils perdent encore le légionnaire Legris (tué) et le caporal Druez (blessé) sous le feu de mortiers ennemis — il ne reste alors qu'une vingtaine d'hommes. Rejointe à 14 heures par le capitaine Le Moine, qui vient de prendre le commandement du bataillon, la compagnie se replie les jours suivants par Rigny-la-Salle, Blénod-lès-Toul (19 juin) puis le bois de Gresilles (21 juin), avant la cessation des hostilités le 22 juin, à la suite de la convention de reddition signée par le général Dubuisson.

Au moment de la reddition, le 23 juin, la 6e compagnie ne compte plus que 8 hommes à son effectif : l'adjudant-chef Romanovitch, les sergents-chefs Schmidt et Poncin, le caporal-chef Olsen, le caporal Friant, et les légionnaires Horisberger, Fernandez et Serro. Le fanion de l'unité est enterré à un endroit connu des seuls Romanovitch, Schmidt, Poncin et Horisberger.

Sources

Effectif de la compagnie (74 fiches)

74
Recensés
19
Morts pour la France
16
Prisonniers
30
Blessés
2
Évadés
TousMorts pour la FrancePrisonniersBlessésÉvadés
Nom Grade Section / affectation Statut Fiche